Malgré une adoption croissante des paiements électroniques, une majorité de la population suisse souhaite inscrire la protection de l’argent liquide dans la Constitution. Une contradiction qui reflète les tensions entre pratiques quotidiennes et symboles de souveraineté monétaire.
Le Conseil fédéral et le Parlement appuient une initiative visant à garantir la disponibilité des espèces et à protéger le franc suisse comme seule monnaie nationale. Cette démarche s’inscrit dans un contexte où les usages évoluent nettement vers le numérique.
Lancée par le Mouvement Liberté Suisse, l’initiative « L’argent liquide, c’est la liberté » a récolté plus de 137 000 signatures certifiées sans le soutien d’aucun parti politique. En parallèle, le Conseil fédéral a proposé un contre-projet qui inscrit « le franc comme monnaie suisse » et confie à la Banque nationale suisse la mission de garantir l’approvisionnement en numéraire, rapporte 24 heures.
Une initiative populaire largement soutenue mais contestée dans ses termes
L’initiative souhaite inscrire deux principes dans l’article 99 de la Constitution : garantir la disponibilité des pièces et billets et soumettre toute substitution du franc suisse à une autre monnaie à une votation populaire. Le Conseil fédéral estime toutefois que les formulations manquent de clarté et propose une version alternative plus juridique.
Malgré un apparent consensus parlementaire autour du contre-projet, les initiants maintiennent leur texte. Richard Koller, porte-parole du Mouvement Liberté Suisse, a affirmé qu’ils sont « sûrs à 90% de ne pas retirer leur initiative ».
Ils jugent insuffisante la mention de « numéraire », préférant une référence explicite aux pièces et billets. Le mouvement considère aussi que c’est à la Confédération, et non à la Banque nationale, d’assurer l’avenir du cash.
Une chute marquée de l’utilisation des espèces
Les données de la Banque nationale suisse confirment le recul de l’usage du cash. En 2017, plus de 70 % des personnes payaient en espèces dans les commerces ; elles ne sont plus que 30 % en 2024. Les cartes de débit dominent avec 35 % des paiements, suivies des cartes de crédit à 14 %. Les applications comme Twint, inexistantes en 2017, captent désormais 18 % des usages.
Ce recul est encore plus net auprès des jeunes adultes : chez les 15-34 ans, moins de 20 % des paiements se font en espèces. À l’inverse, les plus de 55 ans utilisent toujours le cash dans un cas sur deux. Selon l’étude de la BNS, les applications de paiement devraient continuer à progresser dans les années à venir, soutenues par une volonté déclarée de nombreux utilisateurs d’y recourir davantage.
Une volonté collective de préserver un usage en voie de disparition
Malgré la diminution drastique des retraits aux distributeurs et des paiements au guichet postal — qui ne représentent plus que 0,7 % des opérations selon La Poste —, 95 % des personnes interrogées souhaitent maintenir la possibilité d’utiliser les espèces. Même 27 % de ceux qui affirment ne plus en avoir besoin veulent que le cash reste accessible.
La Poste note une baisse de 11,2 % des paiements en espèces en 2024 et une diminution de 10,2 % des retraits aux postomats. Depuis 2019, un distributeur sur cinq a été supprimé, avec 777 machines restantes sur le territoire.








