Le secteur du chocolat en Suisse traverse une période mouvementée, marquée par un conflit majeur entre Migros, le géant suisse de la distribution, et Lindt, le célèbre fabricant de chocolat. Depuis la mi-octobre, les rayons des magasins Migros consacrés aux produits Lindt sont presque vides, un phénomène dû à des négociations tarifaires tendues.
Ce conflit intervient après une série d’augmentations de prix significatives appliquées par Lindt, un choix qui a suscité la réaction de Migros, connue pour sa stratégie de guerre des prix. Ce bras de fer commercial soulève des questions sur la gestion des prix dans un contexte de fluctuation des coûts des matières premières, tout en mettant en lumière la position de pouvoir des grands détaillants face aux producteurs.
Migros face aux hausses de prix de Lindt
Migros a entamé des négociations avec Lindt en raison de l’augmentation substantielle des prix des produits chocolatés. Ces hausses, allant de 20 à 50 % en un an, ont touché plusieurs gammes de produits, notamment les tablettes de chocolat et les pralines. Lindt a justifié ces hausses par l’augmentation du prix du cacao, une matière première essentielle dans la production de chocolat. Toutefois, cette justification a du mal à convaincre, d’autant plus que le prix du cacao, après un pic à près de 13 000 dollars la tonne fin 2024, a chuté de plus de 50 %, se situant actuellement autour de 6 100 dollars la tonne.
Migros, de son côté, a décidé de ne pas accepter ces hausses de prix, d’où la réduction notable de l’assortiment de produits Lindt dans ses magasins. Dans certains établissements, les rayons sont presque vides, remplacés par des panneaux indiquant une « interruption de livraison ». Bien que la porte-parole de Migros ait confirmé l’existence de négociations avec Lindt, elle est restée discrète sur les détails précis de ces discussions. De son côté, Lindt a exprimé son regret face aux ruptures de stock, tout en assurant qu’un retour à la normale était prévu rapidement, selon CH Media. En outre, Denner, une autre enseigne suisse, participe également à ces négociations, illustrant l’ampleur de cette dispute qui dépasse les frontières de Migros.
Une guerre des prix dans le secteur alimentaire suisse
Le conflit entre Migros et Lindt rappelle d’autres batailles commerciales menées par Mario Irminger, le directeur général de Migros. Bien avant ce conflit, Irminger s’était distingué par ses stratégies de guerre des prix, notamment lors de son passage chez Denner, où il avait déjà fait face aux multinationales comme Coca-Cola. En 2014, par exemple, il avait boycotté les produits Coca-Cola en faveur de boissons moins chères, notamment des marques tchèques. À l’époque, cette manœuvre avait été un moyen de pression pour négocier les prix avec la multinationale américaine. Plus récemment, alors qu’il dirigeait Migros, Irminger a de nouveau boycotté les produits Coca-Cola pendant les négociations avec cette entreprise, en remplaçant les fameuses boissons Fanta et Sprite par de la limonade turque. Bien que ces conflits aient été résolus, la stratégie reste inchangée : lorsque les prix deviennent trop élevés, Migros n’hésite pas à recourir à des actions fortes.
Le conflit avec Lindt s’inscrit dans cette lignée de stratégies où les grands distributeurs cherchent à garder une certaine maîtrise sur les prix. En Suisse, où les marges dans la distribution alimentaire sont particulièrement serrées, les enseignes comme Migros sont constamment en quête de moyens pour limiter l’impact des hausses de prix sur leurs consommateurs. De plus, la guerre des prix menée par Migros avec Lindt montre à quel point les grandes surfaces suisses sont en mesure d’exercer une pression sur les producteurs, même les plus prestigieux. Cela souligne également l’importance du rapport de force dans la négociation des prix, un aspect qui a pris de plus en plus de poids dans un marché de plus en plus compétitif.
Le fait que le prix du cacao ait chuté depuis décembre 2024 ajoute un autre facteur à la complexité de la situation. Si Lindt se défend en arguant que ses hausses de prix sont dues aux coûts de production, la baisse du prix des matières premières pourrait remettre en cause cette justification. Dans ce contexte, Mario Irminger semble voir une opportunité pour relancer une nouvelle guerre des prix. Le retrait temporaire des produits Lindt des rayons de Migros pourrait ainsi être une manière de pousser le chocolatier suisse à revoir ses prix à la baisse, un enjeu majeur pour la compétitivité de Migros sur le marché.








