La Suisse relance l’e-ID : l’État reprend la main, mais les craintes persistent

En 2021, la Suisse rejetait l’e-ID à cause de la gestion privée des données. Le gouvernement relance le projet, mais des craintes persistent, notamment à droite.

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En 2021, l’idée de l’identité numérique avait été rejetée lors d’une votation populaire, en grande partie à cause du rôle d’une entreprise privée dans la gestion des données personnelles. Le projet, qui était conçu pour permettre aux citoyens de prouver leur identité numérique dans des contextes variés, avait suscité une forte opposition, notamment de la part des partis de gauche.

Ceux-ci estimaient que l’utilisation de données sensibles par une entreprise privée constituait un danger pour la vie privée des citoyens. Ils avaient également souligné le risque de voir les informations personnelles de millions de Suisses gérées en dehors de tout cadre public.

Pour répondre à ce rejet, le Conseil fédéral a opté pour une nouvelle approche. Cette fois, l’État prend les rênes du projet. Le gouvernement suisse a mis en place une version révisée de l’e-ID, cette fois encadrée par les institutions publiques, qui pourrait être disponible dès 2026.

L’objectif est de rassurer les citoyens en matière de sécurité des données tout en facilitant l’accès à des services administratifs en ligne comme la commande d’extraits de casier judiciaire ou la demande de permis de conduire. Ce nouveau modèle vise à offrir une solution moderne et sécurisée pour la gestion de l’identité numérique des citoyens suisses, relate Watson.

L’opposition des partis de droite et des militants

Malgré cette révision, l’e-ID ne fait pas l’unanimité. Un comité référendaire a déjà recueilli les 60 000 signatures nécessaires pour s’opposer au projet. Cette initiative est soutenue par des groupes et partis plutôt orientés à droite, notamment les Jeunes UDC, l’UDF, Mass-Voll et les Amis de la Constitution, rapporte le média helvétique.

Ces opposants ne sont pas seulement préoccupés par la gestion privée des données, mais par la récolte même de ces données. Ils dénoncent le risque d’une « restriction de manière disproportionnée de la liberté des citoyens », un argument qu’ils avaient déjà avancé lors du rejet de la première version du projet en 2021. Selon eux, l’e-ID pourrait donner lieu à une surveillance accrue, similaire aux mesures de traçabilité mises en place lors de la crise sanitaire du Covid-19.

Nils Fiechter, président des Jeunes UDC, et d’autres membres du comité référendaire soulignent également la possibilité d’attaques informatiques massives. Le Parti pirate, par exemple, craint des cyber-attaques qui pourraient compromettre la sécurité de l’ensemble du système, qui serait centralisé et géré par l’État.

Pour eux, le système de connexion déjà existant pour accéder aux extraits de casier judiciaire et autres documents administratifs est suffisant et ne nécessite pas une nouvelle identité numérique. Jean-Luc Addor, conseiller national de l’UDC, a également exprimé son inquiétude quant à la traçabilité des citoyens, évoquant un système qui pourrait être utilisé à des fins de surveillance future.

Cependant, Gerhard Andrey, conseiller national des Verts, a défendu le projet, rappelant que l’e-ID serait conçu pour être décentralisé, avec toutes les informations stockées sur le téléphone de l’utilisateur, et que la version traditionnelle de la carte d’identité resterait également disponible.

Il a précisé que la priorité du projet est la sécurité des données et qu’il serait aussi possible de détourner ou de scanner une carte d’identité physique, ce qui n’est pas sans risques. Selon lui, aucun système n’est complètement infaillible, mais il insiste sur le fait que la version numérique serait suffisamment sécurisée pour garantir la confidentialité des informations.

Un soutien pour une numérisation des services publics

Du côté des partisans de l’e-ID, le projet est perçu comme une avancée majeure dans la numérisation des services publics. Selon Gerhard Andrey, l’application représente un « service public crucial pour une numérisation fiable ». Il estime que l’e-ID pourrait faciliter de nombreuses démarches administratives et offrir un accès plus rapide à certains documents officiels.

Pour lui, l’État doit gérer cette nouvelle forme d’identité numérique pour éviter les dérives liées à la gestion privée des données. Il souligne également que l’e-ID permettra de ne dévoiler que certaines informations, comme l’âge, sans nécessiter la présentation d’autres données personnelles.

Les Jeunes libéraux-radicaux, bien qu’ils ne se soient pas encore prononcés officiellement, soutiennent l’idée d’une numérisation des processus publics, y voyant un pas important pour la modernisation de l’administration.

Pauline Blanc, vice-présidente des Jeunes libéraux-radicaux, a souligné que l’État possède le monopole de la délivrance de certaines prestations régaliennes, comme les extraits de casier judiciaire, et qu’il est donc naturel que l’État assure la gestion de cette identité numérique.

Les partis centristes, comme les Vert’libéraux, se montrent également ouverts au projet, bien qu’ils n’aient pas encore pris de position formelle. Céline Weber, vice-présidente des Vert’libéraux, a précisé qu’il est indispensable de permettre aux jeunes, qui sont déjà très engagés dans la numérisation, d’avoir accès à une identité numérique.

L’e-ID : un outil limité dans son usage

Il convient de noter que l’e-ID ne sera pas un outil destiné à remplacer l’ensemble des services numériques, notamment dans le domaine politique. Ainsi, l’e-ID ne sera pas utilisée pour le vote électronique, qui reste une autre question complexe en Suisse.

Dans le canton de Genève, par exemple, où des projets-pilotes de vote en ligne existent depuis plusieurs années, l’e-ID n’est pas intégrée au système de vote électronique. La chancellerie du canton a précisé que le vote électronique pourrait être testé à nouveau en 2026 pour les Suisses de l’étranger, les personnes handicapées et une portion des résidents du canton, mais l’e-ID ne sera pas nécessaire pour ce système. Les électeurs recevront leur matériel de vote par la poste et utiliseront des codes spécifiques à chaque opération électorale.

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