Un des principaux acteurs de l’assurance maladie en Suisse, a récemment annoncé une nouvelle restriction dans ses prestations complémentaires, impactant de nombreux assurés. Cette réduction, qui touche principalement les thérapies alternatives et de prévention, intervient dans un contexte où l’augmentation des coûts de santé devient un enjeu majeur pour les assureurs et leurs clients.
Ce qui choque dans cette mesure, c’est que, malgré la diminution des prestations, les primes restent inchangées, ce qui suscite de vives réactions parmi les assurés. En réduisant les durées et la fréquence des séances remboursées pour certaines thérapies, l’assureur cherche à maîtriser l’augmentation des dépenses, mais cette politique soulève des questions sur son équité et son efficacité à long terme.
Des prestations réduites pour contenir les coûts
La décision de réduire les prestations pour certaines thérapies alternatives a été motivée par l’augmentation continue des coûts de santé en Suisse. Le Groupe Mutuel, basé à Martigny, justifie sa démarche par la nécessité de contrôler l’évolution des dépenses dans les assurances complémentaires, afin d’éviter une augmentation des primes pour ses assurés. Concrètement, à partir d’avril 2026, la durée des séances de traitement, comme les massages, sera limitée à 60 minutes, alors qu’auparavant, il n’y avait pas de restriction formelle, bien que les séances aient généralement duré 90 à 120 minutes.
Ce changement affectera environ 55 000 assurés du Groupe Mutuel, soit moins de 5% de sa clientèle complémentaire, selon Watson. Ces patients verront leurs soins réduits, par exemple en ne bénéficiant que de cinq séances remboursées pour les massages, contre 20 à 30 séances auparavant. De plus, une ordonnance médicale sera désormais exigée pour toute tranche de quatre séances supplémentaires, ce qui ajoute une contrainte administrative pour les patients. Si cette mesure vise à contenir les coûts, elle pourrait avoir des conséquences pour ceux qui ont recours régulièrement à ces traitements non conventionnels.
Un déséquilibre entre économies réalisées et primes inchangées
La grande question soulevée par cette décision est celle de l’équité : pourquoi les assurés doivent-ils supporter une réduction de prestations sans bénéficier d’une baisse correspondante de leurs primes ? La porte-parole du Groupe Mutuel, Lisa Flückiger, justifie cette mesure en expliquant qu’elle vise à limiter les facturations excessives, tout en soulignant que l’introduction d’une durée maximale pour les traitements est courante dans le secteur. Cependant, les assurés n’ont pas vu leurs primes baisser, ce qui suscite des frustrations légitimes.
Les économistes de santé et certains thérapeutes soulignent que cette politique pourrait être contre-productive. Selon Rémy De Tomasi, directeur de la faîtière suisse du massage médical, cette réduction des prestations dans le domaine des médecines alternatives pourrait conduire à des coûts plus élevés à long terme. Il défend l’idée que les traitements préventifs, comme les massages, sont souvent plus efficaces et moins coûteux que les soins médicaux traditionnels qu’ils aident à prévenir. De plus, il critique le fait que de telles mesures risquent de pénaliser un secteur de la santé qui se montre déjà sous pression.
Le marché des thérapeutes en médecine alternative a connu une croissance importante ces dernières années. En 2024, la Suisse comptait environ 30 000 praticiens dans ce secteur, contre 6 000 en 2000. Parallèlement, le nombre d’assurés ayant recours à ces soins a doublé, passant de 16% en 2021 à 30% en 2024. Cette évolution reflète une tendance générale vers des soins plus personnalisés et préventifs, qui risquent d’être freinés par les restrictions actuelles.
En outre, le Groupe Mutuel n’est pas le seul assureur à introduire de telles mesures. D’autres compagnies, comme Axa, ont également restreint les remboursements pour certains traitements, avec des plafonds de remboursement nettement plus bas, comme les 250 francs par traitement pour les massages médicaux. Cette tendance montre une volonté générale des assureurs de contenir les coûts, mais elle met également en lumière un déséquilibre entre l’offre de soins et la demande croissante de médecines alternatives.








