Après une vie de travail en Suisse, certains retraités font désormais le choix de s’installer à l’étranger. Longtemps associée aux voyages ou à la recherche d’un meilleur climat, cette décision répond aussi à une réalité financière de plus en plus présente.
Face à la hausse du coût de la vie, aux dépenses liées au logement et aux primes d’assurance maladie, plusieurs milliers de seniors cherchent ailleurs un équilibre plus confortable pour leur retraite. Un phénomène qui interroge sur la capacité du système de prévoyance suisse à garantir à tous un niveau de vie suffisant après la fin de la vie professionnelle.
Un système de prévoyance qui ne suffit pas toujours
Le modèle suisse repose sur deux piliers principaux : l’AVS et la caisse de pension. Ensemble, ils doivent théoriquement permettre de conserver environ 60% du dernier salaire après le départ à la retraite. Selon Simon Tellenbach, spécialiste de la prévoyance et directeur du Centre de gestion de patrimoine, cité par 20Minutes, cet objectif doit permettre aux retraités de maintenir leur niveau de vie.
Dans la réalité, les situations sont très différentes selon les parcours professionnels. En moyenne, un retraité suisse touche environ 1900 francs par mois grâce à l’AVS et 1700 francs provenant du deuxième pilier. Mais ces montants peuvent fortement varier selon les années de cotisation, le salaire obtenu durant la carrière et la situation familiale.
Pour certains seniors, ces revenus restent suffisants. Pour d’autres, notamment ceux qui disposent de peu d’épargne, l’équilibre devient difficile. C’est souvent cette catégorie de retraités qui choisit de partir à l’étranger, dans des pays où le coût de la vie permet de vivre plus confortablement avec une rente suisse.
Les chiffres montrent d’ailleurs une différence importante entre les bénéficiaires vivant en Suisse et ceux installés hors du pays. Les retraités percevant une rente AVS à l’étranger touchent en moyenne 702 francs par mois. La moyenne atteint 1292 francs pour les ressortissants suisses, contre 582 francs pour les ressortissants étrangers.
L’épargne devient un élément clé avant la retraite
Lorsque les revenus ne suffisent pas, le système suisse prévoit les prestations complémentaires. Pourtant, de nombreuses personnes qui pourraient y avoir droit hésitent à faire une demande.
Selon Simon Tellenbach, cette hésitation s’explique notamment par la perception d’une procédure complexe et par le sentiment de devoir justifier sa situation financière. Certains retraités préfèrent donc réduire leurs dépenses ou chercher une solution ailleurs plutôt que de demander une aide prévue par le système.
Mais même une retraite correspondant aux objectifs théoriques du système ne garantit pas toujours un confort financier. L’expert rappelle que beaucoup de futurs retraités sous-estiment leurs dépenses après l’arrêt de leur activité professionnelle.
Les premières années de retraite sont souvent marquées par un mode de vie encore très actif. Voyages, loisirs, activités sociales, les dépenses restent parfois proches de celles d’avant la retraite. Pour les personnes disposant d’un revenu proche du salaire médian, elles peuvent représenter entre 80 et 100% du dernier salaire.
Pour éviter de se retrouver dans une situation difficile, Simon Tellenbach recommande donc d’anticiper suffisamment tôt. Selon lui, il faudrait idéalement disposer d’une réserve correspondant à environ deux années de revenus avant de quitter la vie professionnelle. Le troisième pilier peut notamment jouer un rôle important dans cette préparation.
Le départ à l’étranger n’est donc pas uniquement une question de préférence personnelle. Pour certains retraités suisses, il devient une stratégie pour conserver un niveau de vie acceptable lorsque les revenus de la retraite ne suivent plus l’évolution du coût de la vie.








