Migros, l’un des géants du secteur de la grande distribution en Suisse, traverse une période difficile marquée par des ruptures de stock dans plusieurs de ses rayons. Après la pénurie de mayonnaise, c’est désormais le rayon des céréales qui est touché, provoquant une frustration parmi les consommateurs.
Cette situation n’est pas simplement liée à des problèmes d’approvisionnement ; elle résulte également des tensions liées aux négociations sur les prix entre Migros et ses fournisseurs. Dans un contexte de stratégie de réduction des prix, ces pénuries soulignent des enjeux bien plus profonds pour l’avenir de l’enseigne, notamment en termes de compétitivité et de gestion des stocks.
Pénurie et tensions autour des négociations sur les prix
Depuis plusieurs mois, Migros mène des discussions complexes avec ses fournisseurs pour tenter de réduire les prix de vente de ses produits, une démarche qui semble avoir des conséquences directes sur ses approvisionnements. Si la demande accrue est une explication avancée par la porte-parole de Migros, Laura Dikhoff, les ruptures de stock, notamment au rayon des céréales, ne peuvent être attribuées qu’à cette seule cause, selon Watson. En effet, des produits phares de grandes marques comme Lindt, Toblerone, et Perwoll manquent également à l’appel dans certains magasins de Migros.
Les discussions actuelles de Migros avec ses fournisseurs portent principalement sur la négociation des prix, une démarche essentielle pour faire face à la concurrence des enseignes comme Coop, Aldi et Lidl. Toutefois, ces négociations n’ont pas été sans conséquences : elles ont conduit à des ruptures d’approvisionnement récurrentes, particulièrement dans des segments populaires tels que les céréales pour le petit-déjeuner. Ces pénuries sont devenues un problème récurrent pour les consommateurs fidèles de Migros. Les ruptures de stock ponctuelles affectent non seulement la disponibilité de produits spécifiques mais aussi la confiance des consommateurs dans la capacité de Migros à offrir une expérience d’achat fiable.
La demande accrue, qui est parfois mentionnée comme un facteur explicatif par la direction de Migros, semble aussi découler de changements dans les habitudes d’achat des consommateurs. Après les fêtes de Noël, une période où la consommation de sucreries et de produits transformés est élevée, de nombreux clients cherchent à adopter des habitudes alimentaires plus saines, d’où une hausse potentielle de la demande en produits comme les céréales. Cependant, ces fluctuations de la demande ne semblent pas être les seules causes des ruptures, et la stratégie tarifaire agressive de Migros semble être un facteur clé dans cette crise.
Stratégie de prix et impact sur l’approvisionnement à long terme
En réponse aux pressions tarifaires du marché, Migros cherche à harmoniser les prix de ses produits à travers ses différents formats de vente. Selon des sources internes, la direction de Migros travaille activement à une stratégie d’harmonisation des prix, en négociant directement avec les fabricants pour établir des prix plus bas et uniformes. Par le passé, les magasins Migros, Denner, Migrolino et Migros Online négociaient chacun leurs prix de manière indépendante, ce qui entraînait des écarts de prix significatifs allant jusqu’à 20 à 30 % par rapport aux prix pratiqués à l’étranger. Cette situation n’était pas idéale pour l’image de Migros, qui se doit de rester compétitive face à des rivaux comme Aldi et Lidl.
Pour répondre à ces enjeux, le directeur général de Migros, Mario Irmininger, a annoncé un investissement de 500 millions de francs suisses pour abaisser les prix de ses produits phares, qui incluent des articles également proposés par ses concurrents directs. L’objectif est de renforcer l’attractivité de Migros tout en permettant aux consommateurs de bénéficier de prix plus compétitifs sur des produits essentiels. Cependant, cette stratégie comporte des risques. Les ruptures de stock persistantes pourraient entraîner une perte de clients fidèles, qui se tourneraient alors vers d’autres enseignes plus fiables en termes de disponibilité.
L’exemple de Coop, qui a récemment cessé de proposer certains produits de la marque Mars après un échec dans les négociations sur les prix, illustre bien les dangers de telles stratégies. Bien que Coop ait réussi à introduire une alternative, Tom’s Best, pour compenser l’absence de Ben’s Original, cela démontre qu’une rupture prolongée de stock peut nuire à la fidélité des consommateurs. Migros, bien que n’ayant pas encore atteint ce point de rupture, doit prendre garde à ne pas sous-estimer les conséquences d’une gestion des stocks trop tendue.
Dans le cadre de ses efforts pour améliorer ses conditions d’achat, Migros pourrait également rejoindre la communauté d’achat international Everest. Cette collaboration, qui inclut de grands distributeurs européens tels qu’Edeka et Picnic, permettrait à Migros de négocier plus efficacement avec les grandes marques et de bénéficier de l’effet de levier des achats collectifs. Cependant, avant de pouvoir profiter de ces avantages, Migros doit d’abord réussir à stabiliser sa politique de prix et à garantir une expérience d’achat satisfaisante pour ses clients.








