Vendus à bas prix dans tous les magasins de bricolage, ces panneaux d’isolation compromettent la sécurité des Suisses

Les mousses phoniques bon marché, hautement inflammables, représentent un danger grave. Une réglementation plus stricte est nécessaire pour les bâtiments publics.

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Magasin de bricolage
Vendus à bas prix dans tous les magasins de bricolage, ces panneaux d’isolation compromettent la sécurité des Suisses : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Les mousses phoniques utilisées pour l’isolation acoustique sont de plus en plus courantes dans les magasins de bricolage, en raison de leur coût abordable. Pourtant, leur dangerosité en cas d’incendie reste largement ignorée, comme l’a révélé un test récent. 

Ces matériaux, souvent vendus sans avertissements clairs, peuvent s’enflammer rapidement, ce qui les rend particulièrement risqués dans des espaces publics. L’incendie dévastateur du bar Le Constellation à Crans-Montana, ainsi que d’autres tragédies similaires, met en lumière la nécessité de réexaminer leur utilisation, notamment dans les lieux accueillant du public.

Mousses phoniques : une menace ignorée dans les magasins

Les mousses de polyuréthane, souvent utilisées pour l’isolation acoustique, sont présentes dans de nombreux magasins de bricolage à travers la Suisse. Ces produits sont populaires en raison de leur coût faible, souvent quelques francs pour des panneaux de taille moyenne. Cependant, ces matériaux sont également parmi les moins résistants au feu. Des tests réalisés par la «NZZ am Sonntag» ont révélé que ces mousses, lorsqu’elles sont exposées à une flamme, peuvent s’enflammer en quelques secondes, dégageant une fumée noire et des gouttes incandescentes. Ce phénomène est particulièrement inquiétant, car il reflète des conditions similaires à celles observées lors de l’incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana, où des panneaux similaires se sont embrasés après une exposition à des feux de bengale.

Il est surprenant de constater que ces mousses sont largement disponibles sans avertissement concernant leur inflammabilité. Lors de tests menés dans une grande surface en Suisse, le personnel semblait ignorer les dangers d’incendie liés à l’utilisation de ces produits, en particulier lorsqu’ils sont utilisés dans des espaces comme les chambres d’enfants. De plus, aucune information relative à leur risque d’incendie ne figure sur les emballages ou dans les rayons des magasins. Il n’est que sur les sites web des magasins que l’on trouve un avertissement mentionnant que ces matériaux s’enflamment à des températures aussi basses que 405 degrés Celsius, une température relativement faible et dangereuse, d’après des experts en sécurité incendie.

Les mousses en question sont donc bien plus que de simples matériaux d’isolation phonique : elles présentent un risque réel pour la sécurité des bâtiments, en particulier dans les lieux à forte affluence comme les bars, les écoles ou les hôtels. Le coût plus élevé des produits résistants au feu justifie l’investissement nécessaire pour éviter de graves accidents. Des experts, comme Laurent Wehrli, ancien président de la Fédération suisse des sapeurs-pompiers, soulignent que les produits moins chers ne devraient pas être utilisés dans ces environnements à haut risque.

L’incendie de Crans-Montana et les précédents tragiques

L’incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana, qui a eu lieu récemment, a été un catalyseur pour la prise de conscience de ce danger. Les vidéos diffusées montrent clairement que les panneaux phoniques, en raison de leur haute inflammabilité, ont exacerbé la propagation du feu, augmentant ainsi le nombre de victimes et la gravité de l’incendie. Les panneaux ont pris feu rapidement après avoir été exposés à des feux de bengale, ce qui a contribué à un embrasement rapide de l’espace.

Ce type de matériau a également été mis en cause dans d’autres catastrophes. En 2016, l’incendie du bar Cuba Libre à Rouen, en France, a causé la mort de 14 personnes, et en 2019, l’incendie de la discothèque Pulse à Kočani, en Macédoine du Nord, a fait plus de 60 victimes. Dans ces deux cas, les mousses de polyuréthane utilisées pour l’isolation phonique ont joué un rôle crucial dans l’aggravation des incendies, se consumant rapidement et libérant des gouttes enflammées qui ont alimenté le feu. Ces événements tragiques mettent en évidence la nécessité de réexaminer les normes de sécurité incendie pour les matériaux utilisés dans les établissements recevant du public.

Freddy Rigaux, ancien sapeur-pompier et expert judiciaire, rappelle qu’il existe des matériaux classés M1 qui, bien que combustibles, ne deviennent pas inflammables et ne produisent pas de flammes, rapporte le 20min. Les mousses phoniques bon marché, en revanche, sont beaucoup plus dangereuses et ne respectent pas ces normes, ce qui les rend inadaptées à une utilisation dans des lieux à risque.

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