L’escalade militaire en l’Iran ne perturbe pas seulement l’équilibre géopolitique de la région. Elle a également des répercussions concrètes pour des centaines de voyageurs suisses coincés dans plusieurs aéroports du Moyen-Orient. La suspension partielle du trafic aérien et l’annulation de nombreux vols empêchent certains salariés de rentrer en Suisse pour reprendre leur travail.
Cette situation, indépendante de leur volonté, soulève pourtant une question sensible: celle du maintien de leur salaire. En vertu du droit du travail suisse, l’absence involontaire due à une perturbation de transport ne garantit pas automatiquement la rémunération.
Des centaines de Suisses immobilisés par les perturbations aériennes
Depuis l’intensification du conflit au Moyen-Orient, plusieurs liaisons aériennes ont été suspendues ou fortement perturbées. La fermeture de certaines zones de l’espace aérien et les mesures de sécurité adoptées par les compagnies aériennes ont entraîné une vague d’annulations de vols.
Près de 5000 personnes seraient actuellement bloquées dans la région. Ces voyageurs se trouvent principalement dans des hubs aériens majeurs comme Abou Dhabi, Doha ou Dubaï, qui jouent un rôle central dans les correspondances entre l’Europe et l’Asie.
Le Touring Club Suisse indique que la situation touche un grand nombre de destinations. Des demandes de rapatriement auraient été enregistrées dans 15 pays différents et plus de 3400 vols auraient été annulés depuis le début de la crise.
Pour de nombreux voyageurs, ces perturbations représentent surtout un problème logistique. Mais pour certains salariés, elles pourraient avoir des conséquences financières. En effet, les jours d’absence liés à l’impossibilité de rentrer en Suisse ne sont pas automatiquement considérés comme du temps de travail.
Le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) rappelle que lorsque l’employé est empêché de travailler sans faute de sa part, mais pour une raison qui concerne un large cercle de personnes — comme l’annulation de vols — le risque est en principe supporté par le travailleur. Dans ce cas de figure, l’employeur n’est pas obligé de verser le salaire pendant la période d’absence.
Cette règle peut paraître sévère, car l’absence des employés n’est pas liée à une décision personnelle mais à un événement extérieur. Toutefois, dans le cadre juridique suisse, les perturbations de transport dues à des crises internationales ne donnent pas automatiquement droit au maintien de la rémunération.
Des solutions possibles au cas par cas dans les entreprises
Face à cette situation, l’association Employés Suisse souligne que les travailleurs concernés ne peuvent pas être tenus responsables de leur absence. Dans un contexte de guerre ou de fermeture d’espace aérien, les salariés n’ont aucune prise sur les événements qui les empêchent de rentrer.
Pourtant, comme le rappelle l’avocate Tanja Riepshoff, le droit du travail suisse reste strict sur cette question, rapporte Watson. «Le problème est que le droit du travail suisse ne prévoit pas automatiquement le maintien du salaire», explique-t-elle. Dans la pratique, la rémunération dépend souvent des clauses figurant dans le contrat de travail ou dans une convention collective.
Certaines entreprises peuvent décider de maintenir le salaire malgré l’absence, mais cette décision relève généralement de leur propre politique interne. Les travailleurs concernés sont donc invités à vérifier les dispositions de leur contrat pour savoir si des règles particulières s’appliquent.
L’association Employés Suisse encourage également les employeurs à adopter une approche flexible face à cette situation exceptionnelle. Plusieurs solutions peuvent être envisagées pour limiter l’impact financier sur les salariés bloqués à l’étranger.
Parmi les options possibles figure le télétravail, lorsque l’activité professionnelle le permet et que les conditions techniques le rendent possible. Cette solution reste toutefois difficile dans de nombreux métiers nécessitant une présence sur site.
D’autres mesures peuvent également être mises en place, comme l’octroi d’un congé exceptionnel ou la possibilité de rattraper les heures de travail une fois le salarié rentré en Suisse. Ces alternatives permettent d’éviter une perte de revenu tout en tenant compte des contraintes organisationnelles des entreprises.
Pour les voyageurs concernés, l’incertitude ne concerne donc pas seulement la date de leur retour. Elle touche aussi leur situation professionnelle et financière. Dans un contexte déjà marqué par les tensions géopolitiques et les perturbations des transports, la question du salaire devient une préoccupation supplémentaire.
Cette situation illustre l’impact indirect que peuvent avoir les crises internationales sur l’économie et le monde du travail. Des événements survenus à plusieurs milliers de kilomètres peuvent ainsi se répercuter jusque dans les relations de travail en Suisse, en créant des situations inédites pour les salariés comme pour les entreprises.








