Le gramme d’or à 85 francs relance l’orpaillage en Suisse

La flambée du prix de l’or relance l’orpaillage en Suisse, entre ruées amateurs sur les rivières et réflexion sur une exploitation industrielle locale.

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Le minerai d'or pur
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Le prix de l’or a connu une hausse spectaculaire ces dernières années, atteignant aujourd’hui environ 85 francs le gramme. Cette progression relance l’intérêt pour l’orpaillage amateur dans plusieurs régions suisses, où l’on trouve des traces d’or dans les rivières et le sous-sol.

L’or, longtemps considéré comme une valeur refuge, voit sa cote grimper rapidement, incitant des passionnés à s’orienter vers la recherche de ce métal précieux dans des zones bien identifiées. Ce phénomène, déjà observé dans certaines rivières suisses, soulève la question de la viabilité de cette activité à la fois pour les amateurs et dans une perspective industrielle.

Ce contexte pousse à examiner de plus près les lieux propices à la découverte de l’or en Suisse, les modalités d’exploitation, ainsi que les initiatives locales pour valoriser l’or suisse, selon 24 heures.

Une ruée vers l’or amateur sur les rivières suisses

L’engouement pour l’orpaillage s’observe déjà sur plusieurs cours d’eau du pays, particulièrement dans les régions du Jura, des Alpes et du Plateau. Nicolas Meisser, conservateur au muséum de science naturelle de Lausanne, souligne la présence de petites ruées vers l’or qui rassemblent essentiellement des amateurs.

Le prix élevé de l’or motive cette activité, bien que les gains restent modestes et insuffisants pour en vivre pleinement, comme l’explique Stefan Ansermet, minéralogiste au même musée lausannois.

Parmi les sites les plus prometteurs, on retrouve l’Allondon à Genève, l’Orbe dans le canton de Vaud, la région du Napf près de Lucerne, ainsi que Disentis dans les Grisons, où de grosses pépites ont déjà été découvertes.

Robert Moritz, professeur honoraire à l’Université de Genève, ajoute que le Rhône, notamment après Chancy, offre aussi des opportunités d’orpaillage, notamment dans le cadre de la vidange du barrage de Verbois, un événement susceptible d’amener l’or piégé dans les sédiments vers l’aval.

La prospection s’oriente vers les zones où le courant ralentit, comme les méandres des rivières, où l’or, plus lourd, tend à se déposer. Ces lieux naturels, bien que parfois protégés, sont au cœur des recherches des orpailleurs amateurs, motivés par la hausse continue du prix du métal.

Exploitation industrielle : entre contraintes et potentiels

L’exploitation industrielle de l’or en Suisse reste complexe. Les carrières à ciel ouvert, qui peuvent fonctionner avec de faibles teneurs en or, ne sont pas envisageables en raison de restrictions environnementales. L’extraction minière en souterrain apparaît comme la seule voie possible, mais elle demande des filons riches pour être économiquement viable.

Des sites comme Disentis et le mont Chemin en Valais présentent des gisements potentiels. Robert Moritz et Stefan Ansermet précisent que la Suisse dispose d’une expertise en exploitation souterraine, notamment en Valais. Le projet AuroVallis, qui couplait recherche d’or et d’uranium dans les Alpes, a cependant été stoppé après la catastrophe de Fukushima en 2011, faute de financement.

Le mont Chemin bénéficie déjà d’une galerie creusée dans les années 1970, mais relancer une exploitation demanderait de nombreuses années d’autorisation et de recherche, ce que les spécialistes jugent difficile. À Disentis, un projet de mine a été refusé par la population locale en 2012, malgré le volume intéressant des ressources, même si la teneur en or y est relativement faible.

Valorisation locale et mines responsables

L’or suisse commence à être valorisé à l’échelle locale, notamment à travers la commercialisation d’or genevois depuis 2017. Pierre-Alain Wülser, géologue, extrait l’or des carrières alluvionnaires et le fournit à une bijouterie lausannoise.

Le métal jaune est alors transformé en bijoux 18 carats, 100 % suisses et certifiés écologiques, un produit qui séduit une clientèle variée allant des passionnés de nature aux amateurs de haute joaillerie.

Ce travail artisanal est apprécié par le bijoutier Hervé Albert Jobin, qui souligne la spécificité et l’attachement à ce métal extrait localement, contrairement aux alliages industriels classiques.

Par ailleurs, les mines modernes, notamment en Europe centrale, évoluent vers des procédés plus respectueux de l’environnement. La mine de tungstène près de Kitzbühel, en Autriche, illustre cette tendance avec des systèmes automatisés réduisant les nuisances et des procédés limitant l’usage de produits polluants.

Cette évolution dans les techniques d’extraction répond aux exigences environnementales tout en restant viable grâce à la hausse des cours des métaux, y compris l’or.

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