Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient commencent à produire leurs effets sur les marchés énergétiques mondiaux. Depuis l’escalade militaire impliquant l’Iran, les prix du gaz naturel connaissent une hausse rapide, alimentant les craintes d’un nouveau choc énergétique.
Les marchés réagissent particulièrement aux perturbations dans certaines routes maritimes stratégiques utilisées pour le transport de gaz naturel liquéfié. En Europe, les autorités surveillent la situation de près, même si les risques immédiats pour l’approvisionnement restent limités.
Une flambée du gaz liée aux tensions dans le détroit d’Ormuz
Depuis le début du conflit impliquant l’Iran, le prix du gaz naturel a fortement progressé sur les marchés internationaux. Les cotations ont augmenté d’environ 50 % et dépassent désormais les 50 euros par mégawattheure, soit environ 45 francs suisses.
Cette hausse apparaît nettement plus marquée que celle observée sur le marché pétrolier. Sur la même période, les prix du pétrole ont progressé d’environ 11 %, ce qui souligne la sensibilité particulière du marché du gaz aux tensions géopolitiques.
La principale raison de cette flambée se situe dans la région du détroit d’Ormuz, un passage maritime stratégique situé entre l’Iran et la péninsule arabique. Cette voie constitue l’un des principaux axes du commerce énergétique mondial.
Près de 20 % de l’offre mondiale de gaz naturel liquéfié transite habituellement par cette route maritime. Les perturbations actuelles rendent son utilisation beaucoup plus incertaine pour les transporteurs.
Le Qatar et les Émirats arabes unis figurent parmi les principaux exportateurs concernés. Chaque année, ces deux pays acheminent environ 120 milliards de mètres cubes de gaz naturel liquéfié vers les marchés internationaux.
Si ces flux restent durablement perturbés, les marchés redoutent une nouvelle crise énergétique comparable à celle qui avait secoué l’Europe en 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
À l’époque, les prix du gaz avaient atteint des niveaux records, dépassant brièvement les 300 euros par mégawattheure. Même si les prix actuels restent bien inférieurs à ces sommets, la rapidité de la hausse actuelle alimente les inquiétudes des acteurs économiques.
Une Europe prudente face aux risques, la Suisse relativement protégée
Face à cette situation, plusieurs gouvernements européens ont renforcé leur surveillance des marchés énergétiques. Des cellules de crise ont été activées dans plusieurs capitales afin d’évaluer les risques pour l’approvisionnement en énergie.
Pour l’instant, les autorités européennes se veulent rassurantes. Les réserves de gaz de l’Union européenne sont actuellement remplies à environ 30 %, un niveau considéré comme normal pour la fin de la saison hivernale.
Depuis la crise énergétique de 2022, l’Europe a également diversifié ses sources d’approvisionnement. Les importations de gaz provenant de Norvège ont augmenté, tout comme celles de gaz naturel liquéfié acheminé depuis les États-Unis.
Cependant, les tensions sur les prix pourraient persister. Même en l’absence de pénurie physique, les incertitudes sur l’offre mondiale suffisent à faire grimper les cotations sur les marchés de l’énergie.
La concurrence internationale joue également un rôle important. Les pays asiatiques, grands consommateurs de gaz naturel liquéfié, cherchent activement des alternatives pour sécuriser leur approvisionnement.
La Chine, le Japon ou encore la Corée du Sud peuvent ainsi proposer des prix plus élevés pour attirer certaines cargaisons. Dans ce cas, des livraisons initialement destinées à l’Europe pourraient être redirigées vers ces marchés plus rémunérateurs.Dans ce contexte, les analystes estiment que le principal risque concerne davantage les prix que l’approvisionnement lui-même.
La situation est toutefois différente en Suisse. Le gaz naturel occupe une place relativement limitée dans le mix énergétique national. L’électricité produite en Suisse provient majoritairement de l’hydroélectricité et du nucléaire. Cette structure énergétique réduit la dépendance du pays au gaz par rapport à plusieurs économies européennes.
Les pays fortement dépendants de cette ressource, comme l’Allemagne, restent donc plus exposés à la volatilité des prix internationaux. Cela ne signifie pas que la Suisse est totalement à l’abri, comme l’indique 20Min. Les marchés énergétiques restent étroitement liés et une hausse durable des prix peut finir par se répercuter indirectement sur l’ensemble de l’économie européenne, notamment via les coûts de production et de transport.








