L’Europe inonde les rayons de pain bon marché : comment les discounters contournent le système douanier suisse ?

L’augmentation des importations de pain précuit en Suisse fragilise l’agriculture locale, avec un système douanier favorable aux produits étrangers.

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Pain
L'Europe inonde les rayons de pain bon marché : comment les discounters contournent le système douanier suisse ? : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

La consommation de produits de boulangerie précuits importés, notamment de pain, croissants et pizzas surgelées, connaît une forte hausse en Suisse. Ce phénomène est particulièrement visible dans les rayons des discounters, où la concurrence se joue en grande partie sur les prix. 

Les produits viennent principalement de France et d’Allemagne, profitant d’un système douanier qui rend leur importation plus avantageuse que la production locale. Cette situation, bien qu’économiquement bénéfique pour les consommateurs, met en péril l’industrie agricole suisse, en particulier les producteurs de céréales panifiables.

Un système douanier favorable aux importations

Le système douanier suisse, censé protéger les producteurs locaux, semble de plus en plus inefficace face à l’essor des importations de produits précuits. Alors que des taxes élevées sont appliquées sur les matières premières étrangères comme la farine, le beurre ou les œufs, la valeur ajoutée, comme le travail ou l’énergie, est beaucoup moins chère dans l’Union européenne. Par exemple, la taxe d’importation sur la farine représente 67 % de son prix, mais elle chute à 44 % pour les pâtons et seulement 11 % pour les produits déjà précuits, comme les croissants, constate la Tages-Anzeiger. Cette situation rend plus rentable l’importation de produits transformés plutôt que leur fabrication en Suisse.

Les discounters tels qu’Aldi et Lidl, qui proposent des prix très compétitifs, tirent profit de cette structure douanière avantageuse. En effet, Aldi affiche un taux d’importation de 20 % pour ses produits de boulangerie, tandis que chez Lidl, ce taux s’élève à 50 %. En revanche, les grandes surfaces comme Coop et Migros, bien que plus modestes dans leurs importations, se trouvent malgré tout confrontées à une pression croissante sur les prix. L’essor des produits importés impacte non seulement les prix de vente, mais également la viabilité économique de l’industrie locale.

Impact sur les producteurs locaux et l’agriculture suisse

L’augmentation des importations a des conséquences directes sur les agriculteurs suisses, qui peinent à maintenir leur production de céréales panifiables face à la concurrence étrangère. En effet, pour rester compétitifs, de nombreux producteurs sont contraints de déclasser leur blé destiné à la panification en blé fourrager, moins rentable. La superficie cultivée en céréales panifiables a ainsi diminué de 25 000 hectares en 25 ans, une baisse équivalente à la taille du canton de Genève. Le taux d’auto-approvisionnement en céréales panifiables est également en chute libre, passant de 59 % en 2000 à seulement 42 % en 2024.

Les chiffres sont sans appel : entre 2002 et 2023, les importations de produits transformés et de pâtons ont bondi de 262 %, atteignant 293 000 tonnes. De plus, les produits finis, tels que les gâteaux, donuts ou pains toastés, ont été multipliés par huit depuis 1988, tandis que les pâtons ont connu une multiplication par 17 depuis 1997. Cette évolution, couplée aux rabais accordés par les accords de libre-échange entre la Suisse et l’UE, renforce encore cette tendance.

Les producteurs locaux, notamment ceux issus de l’agriculture biologique ou plus traditionnelle, se retrouvent ainsi dans une situation précaire. De plus, les risques de dépendance accrue vis-à-vis des importations étrangères soulèvent des questions sur la durabilité de l’agriculture suisse à long terme.

Réactions politiques et perspectives d’avenir

Face à cette situation, des propositions législatives ont émergé. Deux motions, récemment acceptées au National, suggèrent respectivement de supprimer l’avantage tarifaire pour les produits de boulangerie importés de l’UE et de relever les droits de douane sur les céréales panifiables. Ces motions seront prochainement examinées par le Conseil des États. Toutefois, le Conseil fédéral se montre réticent à toute renégociation avec l’UE, jugeant cela irréaliste et risquant de favoriser encore davantage les importations, indique 20Minutes.

Une alternative proposée est l’introduction de labels garantissant l’origine des produits, comme le label « Pain suisse », et l’obligation d’indiquer l’origine sur les produits en vente libre. Cette solution viserait à offrir une transparence accrue aux consommateurs, afin qu’ils puissent faire des choix plus éclairés en faveur des produits locaux. Cependant, cette mesure reste sujette à débat, certains la considérant insuffisante face à l’importance des prix et à la compétitivité des produits importés.

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