Depuis le retour de Donald Trump sur le devant de la scène politique américaine, plusieurs entreprises helvétiques subissent des hausses de droits de douane, parfois jusqu’à 130 %. L’effet est immédiat : marges réduites, réorganisations logistiques, hausse des prix et incertitude stratégique pour des sociétés qui ont fait du marché américain une priorité. Cette évolution rebat les cartes de l’exportation suisse vers les États-Unis.
L’industrie suisse, souvent saluée pour sa qualité et son innovation, doit désormais composer avec un contexte commercial américain instable. L’annonce de nouvelles taxes à l’importation place les exportateurs dans une position délicate, tant sur le plan financier que logistique, avec des répercussions directes sur la compétitivité de leurs produits.
Des surcoûts imprévisibles qui désorganisent la chaîne d’exportation
Des PME comme Thermoplan, fabricant de machines à café, ou Victorinox, célèbre pour son couteau suisse, se retrouvent fragilisées par la multiplication des droits de douane américains. Selon Adrian Steiner, directeur général de Thermoplan, les hausses tarifaires sur l’acier, le cuivre et l’aluminium ainsi que sur le café brésilien rendent presque impossible toute prévision fiable pour la planification industrielle. Cette situation est décrite dans un article du Handelszeitung, relayé par Blick.
Les pénalités douanières actuelles atteignent jusqu’à 130 % selon les matériaux ou leur origine. Pour les marchandises suisses, une majoration de 10 % s’ajoute aux droits de douane existants. Le problème est d’autant plus complexe que ces taxes varient selon le lieu de transformation des produits, comme l’explique Mathias Bopp, expert chez KPMG. L’acier galvanisé, par exemple, peut être taxé en fonction de son dernier lieu de traitement, générant des calculs complexes et de lourdes charges administratives.
Face à ces coûts croissants, certaines entreprises adoptent des stratégies de stockage massif, comme le « stockpiling », pour anticiper les hausses tarifaires. D’autres, comme Thermoplan, préfèrent automatiser leur production en Suisse plutôt que de délocaliser, afin de conserver leur ancrage local.
Le modèle « Swiss Made » mis à rude épreuve
Les entreprises qui valorisent la production locale, sans implantation industrielle aux États-Unis, sont particulièrement exposées. Victorinox, qui exporte son célèbre couteau de poche et ses montres vers les États-Unis, doit faire face à des taxes respectives de 15,4 % et 16,2 %.
Son directeur Carl Elsener insiste : « Une délocalisation – en particulier de notre produit phare, le Swiss Army Knife – n’est pas une option pour nous. » L’entreprise refuse aussi de chercher d’autres marchés de remplacement, jugeant les volumes vendus aux États-Unis trop spécifiques pour être transférés ailleurs.
D’autres grandes entreprises, comme Roche ou Novartis, mobilisent leurs équipes de juristes et de lobbyistes pour anticiper les évolutions réglementaires. Si elles disposent d’unités de production locales, elles restent inquiètes face à la menace d’un droit de douane de 200 % sur les produits pharmaceutiques, qui pourrait frapper un secteur jusque-là préservé pour des raisons humanitaires.
Comme le rapporte le média helvétique, la multinationale Roche n’investira ses 50 milliards de dollars qu’à la condition que les prix des médicaments soient maintenus à un niveau élevé aux États-Unis.
Kuhn Rikon, qui fabrique une partie de ses ustensiles de cuisine en Chine, est quant à elle pénalisée par les sanctions visant les importations chinoises. L’entreprise a dû répercuter les hausses douanières sur ses prix de vente aux États-Unis, en procédant à deux augmentations successives.
Elle envisage désormais une diversification géographique, tout en soulignant que les alternatives à la Chine sont également grevées par des droits de douane punitifs, allant jusqu’à 36 % pour la Thaïlande.
Des stratégies d’adaptation fragiles dans un environnement incertain
Switzerland Global Enterprise (SGE) confirme cette situation tendue : près de 600 entreprises se sont déjà tournées vers l’agence pour obtenir des conseils douaniers, signe d’un climat d’incertitude croissant. Deux tiers des exportateurs suisses s’attendent à une stagnation ou une baisse de leur chiffre d’affaires en 2025. Dans l’immédiat, les entreprises accélèrent les expéditions vers les États-Unis pour éviter les prochaines hausses tarifaires.
Certaines tentent de limiter leur dépendance aux matières premières provenant de pays dans la ligne de mire américaine. Ricola, qui réalise 40 % de son chiffre d’affaires aux États-Unis, a constitué une task force interne pour élaborer des contre-mesures tarifaires. Thomas Meier, son directeur général, coordonne les actions avec les responsables régionaux afin de préserver les marges, dans un secteur du snacking extrêmement concurrentiel.








