Le « miracle » aurait pu s’essouffler. Entre les tensions géopolitiques, le retour du protectionnisme et les incertitudes commerciales, les entreprises romandes évoluent dans un climat peu reposant. Pourtant, l’économie de la région continue d’avancer.
Présentée lundi à Lausanne, l’analyse des six banques cantonales romandes décrit une croissance qui résiste aux secousses internationales. Ses auteurs mettent en avant plusieurs appuis : la diversité des activités, des produits innovants qui trouvent preneurs à l’étranger et un marché intérieur solide.
Une croissance qui devrait ralentir jusqu’en 2027
Les estimations de l’Institut Quantitas pour l’analyse et la prévision économiques de la HES-SO dessinent une progression moins rapide. Après une hausse du produit intérieur brut estimée à 2,2 % en 2025, la croissance romande atteindrait 1,9 % en 2026, puis 1,5 % en 2027.
Le rythme baisse, mais l’activité continuerait donc de progresser sur les deux années de prévision. Pour Jean-Pascal Baechler, conseiller économique à la Banque cantonale vaudoise, cette croissance reste robuste, malgré un environnement mondial particulièrement incertain.
Des exportations qui font la force de la Romandie
Pour comprendre cette résistance, il faut d’abord regarder ce que la région vend hors de ses frontières. Les exportations de biens représentent l’équivalent de 48 % du PIB romand. Le rapport atteint 34 % dans la zone euro et 21 % à l’échelle mondiale.
Cette ouverture permet aux entreprises de proposer leurs produits sur de nombreux marchés. Elle rend aussi l’accès à leurs clients étrangers essentiel, notamment au sein de l’Union européenne. L’économie romande reste étroitement liée à la santé de ses partenaires commerciaux.
Certains cantons sont encore plus tournés vers l’extérieur. C’est le cas de Neuchâtel, avec l’horlogerie et les machines, mais aussi du Jura et de Genève. Ces territoires profitent de leurs débouchés internationaux, tout en étant davantage exposés lorsque les crises frappent à l’étranger.
Le marché intérieur joue les amortisseurs
La Romandie dispose aussi d’appuis plus proches de chez elle. La diversification du tissu économique constitue une protection précieuse face aux aléas mondiaux. Les activités présentes dans la région ne dépendent pas toutes des mêmes marchés ni des mêmes secteurs.
La vigueur de la demande intérieure apporte un autre soutien. Dans leur étude, les banques cantonales précisent que les branches liées à la conjoncture domestique, ou peu sensibles aux fluctuations économiques, représentent 47 % du PIB romand et 56 % des emplois. Un poids considérable dans la capacité de la région à tenir bon.
À cela s’ajoutent des conditions que les auteurs jugent favorables : stabilité politique, sécurité juridique, inflation faible et chômage contenu. Ces éléments contribuent à maintenir un environnement propice à l’activité, même lorsque les perspectives internationales se dégradent.
L’innovation, et la crainte de se reposer sur ses acquis
Pour la suite, la capacité à innover reste déterminante. Face à l’essor de l’intelligence artificielle, les banques cantonales relèvent notamment que la Suisse figure parmi les dix pays les mieux préparés, selon un indice du Fonds monétaire international.
Le diagnostic présenté à Lausanne reste confiant, mais Jean-Pascal Baechler pointe aussi un risque intérieur : l’autosatisfaction. Il met en garde contre une tendance à multiplier les réglementations et à négliger les conditions qui facilitent l’activité des entreprises. Pour l’économiste, la poursuite du succès romand dépend aussi de l’attention portée à ces atouts.








