La viande de requin, consommée sous différentes formes dans divers pays, y compris en Suisse, présente des dangers insoupçonnés pour la santé des consommateurs. Une étude menée sur des échantillons de viande de requin vendus en Suisse et en Europe a révélé des niveaux alarmants de méthylmercure, une neurotoxine puissante.
Cette découverte met en lumière un problème de santé publique majeur, alors que la viande de requin continue d’être commercialisée, souvent sans étiquetage adéquat pour informer les consommateurs. L’inquiétude croissante pousse les autorités à reconsidérer les régulations en place concernant la consommation de produits de la mer.
Des taux alarmants de méthylmercure dans la viande de requin
Une étude réalisée par un laboratoire allemand a analysé 51 échantillons de viande de requin, comprenant 44 échantillons de requin bleu et 7 échantillons de requin-hâ, provenant de supermarchés et restaurants en Suisse, Allemagne, France, Royaume-Uni et Espagne. Les résultats sont préoccupants : 17 des échantillons analysés ont montré des niveaux de méthylmercure compris entre 1 mg/kg et 4,40 mg/kg, des valeurs bien supérieures à la limite de sécurité fixée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les autorités européennes, qui est de 1 mg/kg pour les espèces de requins. Parmi ces échantillons, 12 ont présenté des taux jugés « très préoccupants » (de 0,72 mg/kg à 0,92 mg/kg), tandis que d’autres ont frôlé des niveaux dangereux pour la santé.
Le méthylmercure est une toxine persistante qui s’accumule dans les tissus des organismes marins, notamment dans les poissons qui occupent les niveaux supérieurs de la chaîne alimentaire, comme le requin. Lorsqu’il est consommé par l’homme, ce contaminant peut s’accumuler dans le corps au fil du temps. Les effets sur la santé sont graves, avec des risques neurologiques avérés : troubles de la mémoire, perte de coordination motrice et, dans les cas les plus extrêmes, des lésions cérébrales irréversibles. Pour les femmes enceintes et les jeunes enfants, les effets du méthylmercure sont encore plus dramatiques, pouvant entraîner des retards cognitifs et des déficits neurologiques permanents.
L’exposition répétée au méthylmercure, comme c’est le cas lorsque l’on consomme de la viande de requin une ou deux fois par semaine, dépasse rapidement les seuils de tolérance fixés par l’OMS, selon Laurianne Trimoulla, responsable de la communication et des projets à la Fondation Gallifrey. Cette situation souligne l’urgence d’agir pour limiter la consommation de produits contaminés et garantir une meilleure protection des consommateurs.
Réduire la consommation de requin et interdire les produits dérivés
Face à ces révélations, plusieurs organisations environnementales, telles qu’ElasmOcean et Stop Finning Deutschland, ainsi que la Fondation Gallifrey, plaident pour une politique plus stricte concernant l’importation et la consommation de viande de requin. Elles conseillent l’application du principe de précaution en réduisant la consommation de poissons potentiellement contaminés par le méthylmercure, notamment la viande de requin. L’un des premiers pas vers une meilleure protection des consommateurs serait de restreindre ou d’interdire l’importation en Suisse des produits dérivés du requin et de la raie.
Depuis 35 ans, la Suisse a importé environ 609 tonnes de produits issus de requins et de raies, un volume non négligeable qui souligne l’importance de la viande de requin sur le marché. Toutefois, cette viande est souvent commercialisée sous des noms trompeurs, comme « roussette », « saumonette », « chien » ou « veau de mer », ce qui complique la tâche des consommateurs pour identifier les risques. Un étiquetage clair et précis pourrait aider à sensibiliser la population et à limiter l’exposition aux produits les plus dangereux.
Antoinette Vermilye, cofondatrice de la Fondation Gallifrey, recommande, outre la réduction de la consommation de ces poissons, une interdiction totale des produits dérivés du requin et de la raie. De telles mesures, selon elle, contribueraient grandement à la protection de la santé publique en Suisse et à la réduction des risques liés à la contamination au méthylmercure. Cela nécessiterait cependant une collaboration accrue entre les autorités suisses, les organisations environnementales et les experts en santé publique.








