Le Made in Switzerland boudé par les consommateurs, les produits suisses cède face aux géants étrangers

La consommation croissante de produits étrangers en Suisse, notamment dans les secteurs du chocolat, du fromage et du vin, met sous pression les producteurs locaux, qui doivent s’adapter pour rester compétitifs.

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Le Made in Switzerland boudé par les consommateurs, les produits suisses cède face aux géants étrangers : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Au fil des décennies, les habitudes de consommation des Suisses ont considérablement évolué, notamment dans le secteur alimentaire. Alors que les produits locaux, tels que le chocolat, le fromage et le vin, sont traditionnellement au cœur des préférences, une nouvelle tendance émerge : une attention croissante pour les produits étrangers. 

Ce phénomène a été accentué par la pression sur les prix, la diversification des goûts et la disponibilité accrue de produits internationaux. Cette transformation est désormais visible dans les rayons des grandes surfaces, où les produits suisses se font de plus en plus concurrencer par des alternatives étrangères.

L’essor des produits étrangers face à une recherche de prix attractifs

Les dernières années ont été marquées par une évolution nette des préférences des consommateurs suisses. Selon l’Aargauer Zeitung, la part de chocolat importé a pratiquement doublé depuis 2000. À cette époque, seulement 20 % du chocolat vendu en Suisse provenait de l’étranger, tandis qu’en 2023, ce chiffre a grimpé à près de 40 %, principalement en raison de la concurrence accrue des marques étrangères. Une partie de cette évolution peut être expliquée par l’émergence des chaînes de discount telles que Lidl, qui offrent des produits importés à des prix beaucoup plus compétitifs que ceux des marques locales traditionnelles comme Cailler ou Ragusa. Les consommateurs soucieux de leur budget optent alors pour ces produits étrangers, attirés par leur prix attractif et leur accessibilité. Les plateformes en ligne ont également facilité l’accès à ces produits moins chers, contribuant à cette évolution.

Le secteur du chocolat n’est cependant pas le seul touché. La situation est similaire pour d’autres produits alimentaires. Par exemple, le fromage suisse a vu sa part de marché diminuer de manière significative depuis la libéralisation du marché. En 2007, les produits locaux représentaient encore 76,7 % des ventes de fromage en Suisse. En 2021, ce chiffre était tombé à environ deux tiers. Ce déclin s’explique en grande partie par l’essor de produits étrangers comme le séré, la mozzarella et le cottage cheese, qui se sont imposés en raison de la tendance croissante vers les régimes « high-protein » et des prix souvent plus compétitifs. La popularité de ces fromages importés a pris une telle ampleur que, pour la première fois en 2023, la Suisse a importé plus de fromage qu’elle n’en a exporté. Bien que cette tendance ait connu une légère inversion en 2024, elle souligne néanmoins la pression exercée sur les producteurs suisses pour répondre à la demande croissante de produits étrangers.

Des défis de taille pour les producteurs locaux face à la concurrence étrangère

Le marché du vin suisse est également confronté à des défis similaires. La consommation de vin a chuté de 8 % en 2023, et les viticulteurs locaux ont observé une baisse de 16 % de leurs ventes. Cette réduction est en partie due à une concurrence accrue des vins étrangers, notamment ceux d’Espagne, d’Italie et de France, qui bénéficient de prix plus bas et d’une large présence dans les supermarchés. Cette situation met les producteurs suisses dans une position difficile, où le coût de production élevé et la petite taille des exploitations locales compliquent leur compétitivité face à des producteurs étrangers capables de proposer des produits à moindre coût.

Face à cette situation, plusieurs entreprises suisses ont cherché à s’adapter pour maintenir leur place sur le marché. Par exemple, Emmi, un acteur majeur du secteur laitier, a lancé de la mozzarella suisse pour répondre à la demande croissante de produits importés dans ce segment. Cette diversification est un exemple de l’innovation que doivent adopter les producteurs suisses pour rester compétitifs. Les chocolatiers et vignerons suisses devront également trouver des solutions pour attirer les consommateurs tout en faisant face à une concurrence de plus en plus féroce. Qu’il s’agisse de qualité, de durabilité ou de différenciation par des méthodes de production artisanales, l’avenir des produits locaux semble dépendre de la capacité des producteurs à se réinventer face à une globalisation des goûts et des prix.

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