Les jours fériés en Suisse romande illustrent l’application du fédéralisme suisse, créant un patchwork de congés différents selon les cantons. Cette diversité suscite des questions, notamment à l’approche de journées symboliques, sur l’équité du système. En particulier, pourquoi certains cantons profitent-ils de plus de jours fériés que d’autres ? Le cas du 1ᵉʳ mai, fête du travail, en est un exemple frappant.
Cette différence de traitement n’est pas fortuite. Elle repose sur des choix politiques, religieux et historiques qui varient d’un canton à l’autre. Chaque canton a la liberté de définir ses propres jours fériés, ce qui donne naissance à un éventail de pratiques locales, explique Watson.
Un fédéralisme appliqué jusqu’au calendrier
En Suisse, quatre jours sont fériés dans l’ensemble des cantons : le Nouvel An (1ᵉʳ janvier), l’Ascension, la Fête nationale (1ᵉʳ août) et Noël (25 décembre). Le reste des jours fériés est défini à l’échelle cantonale, ce qui montre bien que le système fédéral permet à chaque canton de déterminer ses propres dates de congé.
Selon l’historien Laurent Tissot, cet éparpillement des jours fériés découle de l’organisation politique décentralisée du pays : « les jours fériés ne sont pas censés être uniformisés ». Ainsi, la diversité de pratiques observées d’un canton à l’autre est le reflet de l’autonomie que chaque territoire conserve dans la gestion de son calendrier.
Le 1ᵉʳ mai, fête du travail, est une illustration parfaite de cette situation. Ce jour est férié dans sept cantons, principalement situés dans l’arc jurassien : les cantons de Bâle, le Jura et Neuchâtel.
En revanche, dans des cantons comme Vaud et Genève, cette journée n’est pas un jour férié et les travailleurs doivent travailler. À Fribourg et dans le Valais, le 1ᵉʳ mai est simplement demi-chômé, ce qui signifie que l’employeur a la possibilité d’accorder un congé, mais ce n’est pas une obligation.
Cette différence s’explique par la portée politique de cette fête, marquée par des revendications ouvrières, et n’est donc pas perçue de la même manière dans tous les cantons, selon les explications de Tissot.
Religions, traditions et calendriers divergents
Les pratiques religieuses jouent un rôle déterminant dans l’organisation des jours fériés en Suisse. Les cantons catholiques, comme Fribourg ou le Valais, disposent de plusieurs jours supplémentaires en raison des fêtes religieuses telles que la Fête-Dieu en juin ou la Toussaint en novembre.
En revanche, les cantons protestants, comme ceux de la Suisse centrale, ont des calendriers plus restrictifs. Par exemple, à Fribourg, les communes catholiques bénéficient de jours chômés supplémentaires, dont le lundi de Pentecôte et le Vendredi-Saint, tandis que dans les zones réformées, ces jours sont généralement absents ou partiellement fériés.
Les jours liés à la fête de Pâques montrent également les écarts : dans des cantons comme Fribourg et Neuchâtel, seul le Vendredi-Saint est férié, mais le lundi de Pâques est chômé. En Valais, le Vendredi-Saint et le lundi de Pâques sont tous deux chômés, mais pas officiellement fériés, tandis que le Tessin est l’un des seuls cantons à observer un jour férié le lundi de Pâques, tout en travaillant le vendredi.
Par ailleurs, certains jours comme le 2 janvier sont fériés dans plusieurs cantons, notamment à Vaud, Neuchâtel (lorsque le 1ᵉʳ janvier tombe un dimanche) et dans le Jura, mais pas dans tous. Le 26 décembre, lendemain de Noël, est également variable : 17 cantons bénéficient de ce jour férié, mais certains cantons romands comme Genève, Vaud ou le Valais ne l’observent pas systématiquement.
Un patchwork cantonal de jours spécifiques
Les cantons romands ne se contentent pas uniquement de jours religieux ou fédéraux, plusieurs ont institué des fêtes locales et spécifiques. À Genève, par exemple, deux jours fériés uniques existent : le Jeûne genevois début septembre et la Restauration de la République le 31 décembre, en hommage au départ des troupes napoléoniennes en 1813. Le canton de Vaud est le seul à rendre obligatoire le Jeûne fédéral en septembre, une tradition protestante en faveur de la réflexion sur la Confédération.
Le Jura, pour sa part, offre treize jours fériés, dont le 1ᵉʳ mai, la Fête-Dieu, le lundi de Pentecôte, et la commémoration du Plébiscite du 23 juin, qui marque l’indépendance du canton acquise en 1974. Neuchâtel, en revanche, en compte seulement sept, malgré l’ajout de la fête de l’Instauration de la République le 1ᵉʳ mars.
En Valais, malgré sa réputation de canton catholique, le Vendredi-Saint et le lundi de Pâques ne sont pas fériés. Cependant, ce canton célèbre des jours comme la Saint-Joseph (19 mars) et l’Assomption, qui ne sont observés que dans quelques cantons de Suisse centrale.
Enfin, certains jours sont partiellement fériés, comme le 24 et le 31 décembre à Berne, ou encore le 1ᵉʳ mai, le 24 et le 31 décembre en Valais, qui totalise 5,5 jours chômés.








