Assurance maladie en Suisse : Dans ce canton, les assurés ne paient que 270 francs par mois

Pourquoi paie-t-on près du double pour sa prime maladie à Genève que dans ce canton ? Une étude lève le voile sur les véritables moteurs de ces écarts.

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Assurance maladie en Suisse : Dans ce canton, les assurés ne paient que 270 francs par mois : Crédit : Keystone | Econostrum.info - Suisse

En Suisse, le montant de la prime d’assurance maladie varie fortement selon le canton de résidence. L’écart est particulièrement frappant entre Genève et un autre canton, où la différence atteint près de 50 %. 

Alors que les assurés genevois paient en moyenne 489 francs par mois pour l’assurance de base, les habitants de cetet région s’acquittent d’environ 270 francs. Une étude récente de l’Institut CSS apporte un éclairage inédit sur les mécanismes à l’origine de ces disparités régionales.

Des comportements individuels qui expliquent 60 % des écarts

Les différences de primes reflètent directement les coûts de la santé dans chaque région. Ces coûts varient en fonction du recours aux prestations médicales, et le classement des cantons les plus chers ou les plus abordables évolue légèrement d’une année à l’autre. Sur le long terme, la hiérarchie reste néanmoins relativement stable.

Pour comprendre ces écarts, les chercheurs Caroline Chuard-Keller et Philip Hochuli, de l’Institut CSS, ont analysé les données d’environ un demi-million d’assurés sur la période 2010 à 2022. Leur approche repose sur l’étude des personnes ayant déménagé d’un canton à un autre, par exemple d’une région coûteuse vers une région meilleur marché, ou inversement. Cette méthode permet d’isoler les effets liés au lieu de résidence de ceux liés au profil individuel.

L’étude relatée par Watson distingue deux dimensions : l’offre et la demande. La demande correspond aux comportements et préférences des assurés, notamment leur propension à consulter rapidement un médecin, à solliciter un traitement ou à demander un médicament. Elle peut être influencée par le niveau d’éducation, la situation financière ou encore l’attitude face au risque. L’offre regroupe les éléments structurels tels que le nombre de médecins, d’hôpitaux ou de pharmacies, ainsi que les pratiques médicales.

Les résultats montrent que 60 % des différences régionales de coûts s’expliquent par la demande. Autrement dit, dans un canton comme Genève, les assurés consultent plus fréquemment un médecin ou recourent plus rapidement à des prestations médicales qu’à Appenzell Rhodes-Intérieures, où les assurés paient suelement 270 francs par mois. Cette intensité du recours aux soins se traduit par des dépenses plus élevées, et donc par des primes plus importantes.

La chercheuse Caroline Chuard-Keller souligne que de nombreux assurés ignorent à quel point les écarts de primes entre cantons sont marqués et comment ils sont calculés. L’étude met en évidence que les comportements individuels jouent un rôle significatif dans la formation des coûts globaux.

Une offre médicale dense qui favorise certaines prestations

Les 40 % restants des écarts sont attribuables à l’offre de soins. Dans les cantons où les coûts sont élevés, le nombre de médecins et d’établissements de santé est généralement plus important. Cette densité favorise une utilisation accrue des prestations disponibles.

L’influence de l’offre varie selon le type de traitement. Pour les médicaments, son rôle est limité. Comme l’explique Caroline Chuard-Keller, une personne atteinte de diabète continuera à avoir besoin de ses médicaments indépendamment du canton où elle réside. Le nombre de pharmacies ou de médecins dans la région modifie peu ce type de dépense. Il en va de même pour les séances de physiothérapie ou les consultations chez la gynécologue.

En revanche, l’offre joue un rôle plus marqué pour les analyses de laboratoire, les consultations chez le médecin de famille et surtout les interventions chirurgicales. Dans ce domaine, deux tiers des différences de coûts s’expliquent par l’offre. Le nombre d’hôpitaux, les pratiques des spécialistes et certains incitatifs financiers peuvent influencer la décision d’opérer. La chercheuse relève que le spécialiste peut influer sur le fait qu’une intervention soit jugée nécessaire.

L’étude met ainsi en évidence que, dans les cantons aux coûts élevés, les interventions chirurgicales sont plus fréquemment prescrites. Cette réalité structurelle échappe en grande partie au contrôle des assurés, contrairement à leurs comportements individuels.

La conclusion de l’Institut CSS est double. D’une part, les assurés disposent d’une marge d’influence significative sur les coûts, puisque la demande explique 60 % des écarts. D’autre part, l’organisation de l’offre médicale contribue aussi de manière substantielle aux différences régionales. La responsabilité de réguler cet aspect relève des autorités politiques, qui pourraient par exemple définir des directives plus uniformes concernant les indications opératoires afin de limiter les disparités.

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