Les diplômes progressent, les carrières se rapprochent, les écarts de revenus diminuent. Puis, lorsqu’on regarde les jeunes parents, le tableau change brutalement. Pour la génération née en 1995, les mères perçoivent encore, en moyenne, 51 % de revenus professionnels de moins que les pères.
Autrement dit, quand les jeunes pères gagnent en moyenne 100 francs grâce à leur activité professionnelle, les jeunes mères en perçoivent 49. Ce rapport illustre l’écart mesuré entre les deux groupes. Il donne surtout une autre dimension aux progrès de l’égalité : chez les personnes de cette même génération qui n’ont pas d’enfants, la différence tombe à 7 %.
Ce que cachent les 51 % d’écart
Pour comprendre ce chiffre, il faut regarder ce que les chercheurs ont placé dans leur calcul. Leur indicateur rassemble les revenus professionnels bruts effectivement perçus, y compris ceux des petits emplois à temps partiel. Les personnes sans activité rémunérée sont également prises en compte, avec un revenu professionnel nul.
Le résultat reflète donc plusieurs différences à la fois : l’accès à l’emploi, le nombre d’heures travaillées et la rémunération. C’est toute la place occupée sur le marché du travail qui apparaît dans cette comparaison. Le temps partiel ou une interruption d’activité pèsent directement sur les montants observés.
Cette approche permet de mesurer le fossé économique entre jeunes femmes et jeunes hommes au-delà de la seule rémunération d’une heure de travail.
Un rattrapage considérable entre deux générations
Le contraste est saisissant, mais la situation a beaucoup évolué. Chez les jeunes parents nés en 1965, l’écart de revenus atteignait 78 %. Il s’est donc nettement réduit pour la génération née trente ans plus tard, même s’il reste élevé.
Toutes situations familiales confondues, le recul est encore plus spectaculaire : la différence entre femmes et hommes passe de 55 % pour la génération de 1965 à 14 % pour celle de 1995. Chez les personnes sans enfants, elle descend de 27 % à 7 %.
Ces années désignent bien des générations de naissance. Les chercheurs comparent leur situation en début de vie professionnelle, dans la tranche des 25 à 34 ans.
Les jeunes femmes ont pris l’avantage dans les études
L’étude, menée par Daniel Oesch, de l’Université de Lausanne, et Oliver Lipps, du centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, a été publiée dans Social Change in Switzerland. Ses résultats, relayés par Blick, reposent sur les enquêtes suisses sur la population active de 1991 à 2024, concernant plus de 215 000 personnes.
Un changement majeur accompagne ce rattrapage : en 2025, 54 % des jeunes femmes possédaient un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 48 % des jeunes hommes. Universités, hautes écoles spécialisées et formation professionnelle supérieure participent à cette progression.
Les femmes accèdent aussi davantage à des professions mieux rémunérées. L’écart de temps de travail hebdomadaire entre femmes et hommes s’est, lui, resserré : de 17 heures pour la génération née en 1965, il passe à moins de quatre heures pour celle née en 1995.
La Suisse progresse, mais les jeunes mères restent loin derrière
Pour la génération de 1995, l’écart global de revenus est plus faible en Suisse que dans les quatre autres pays comparés : la France, la Suède, le Royaume-Uni et les États-Unis.
Chez les jeunes parents, le classement est moins favorable. Le fossé suisse de 51 % dépasse notamment celui mesuré en France, à 37 %. La comparaison porte toutefois sur le début de carrière. Les auteurs soulignent que les écarts pourraient se creuser chez les jeunes adultes sans enfants lorsqu’ils deviendront parents.








