Au marché de Vevey, une cliente compare le prix de quelques achats à celui de l’or. À Lucens, un couple constate que ses activités en famille diminuent, malgré deux emplois et des revenus confortables. La frustration prend des formes différentes, mais une même question revient : une fois les charges payées, que reste-t-il pour profiter de son travail ?
58 % ont réduit leurs loisirs, sorties et vacances
L’enquête Qualinsight a été menée en ligne en janvier 2026 auprès de 1 254 adultes de Suisse romande. À la question de savoir s’ils pensaient devoir continuer à faire attention à leurs dépenses le mois suivant, 48 % répondaient que c’était certain et 41 % que c’était probable. C’est de là que vient le chiffre de 89 %.
Les économies étaient déjà concrètes. Sur les douze mois précédents, 58 % déclaraient avoir réduit leurs dépenses de loisirs, sorties et vacances. Les achats non essentiels étaient concernés pour 64 % des sondés, et l’alimentation pour 47 %.
Ces derniers ajustements pouvaient passer par des produits moins chers ou moins de repas au restaurant. Les résultats décrivent des choix déclarés par les répondants, avec des situations différentes selon les ménages.
11 200 francs nets à deux, mais moins de marge
Le reportage de la RTS donne un visage à cette pression. À Lucens, Sabrina Meriem, infirmière à domicile, et Mathieu Rochat, paysagiste communal, perçoivent ensemble 11 200 francs nets par mois. Leurs charges dépassent pourtant 7 000 francs : impôts, hypothèque, primes maladie, alimentation et carburants.
Le couple règle ses factures. Son inquiétude porte sur ce qui reste ensuite, une somme qui diminue et réduit les activités possibles en famille. Pour Sabrina, cette situation nourrit le sentiment que la classe moyenne supporte une charge excessive.
Le chauffage est lui aussi devenu un sujet de préoccupation. Face au prix du mazout, Mathieu a choisi de ne pas remplir entièrement ses cuves. Il espère traverser l’hiver avec ce qu’il reste, puis acheter lorsque les tarifs auront suffisamment baissé.
Le sentiment de travailler surtout pour payer
À Poliez-Pittet, Aurore et Lionel Carrard connaissent une autre version de cette frustration. Le couple exploite une ferme familiale, avec une charge de travail importante et peu de latitude pour les sorties.
« On travaille pour payer, c’est tout », résume Aurore. Même un restaurant le week-end lui paraît difficile à envisager. Lionel se souvient qu’un domaine plus petit faisait autrefois vivre plusieurs familles. Aujourd’hui, il travaille essentiellement seul, avec un salarié qui le remplace un dimanche par mois.
Pour les revenus les plus modestes, les renoncements peuvent toucher directement les déplacements. À Vevey, une retraitée percevant 1 700 francs de rente AVS a décidé de vendre sa voiture. Elle ne pouvait plus assumer le parking, les assurances et les autres frais liés au véhicule.
À Berne, les pistes divergent
Les réponses politiques rapportées par la RTS reflètent des approches différentes. Le conseiller national socialiste Benoît Gaillard défend une application plus stricte de la législation pour faire baisser les loyers, ainsi qu’un meilleur contrôle des marges sur les carburants.
Le conseiller national UDC Yvan Pahud privilégie une réduction de la fiscalité et des taxes pour desserrer la pression sur les ménages.








