Les températures n’ont pas encore franchement chuté, mais la question du chauffage revient déjà : combien coûtera-t-il cet hiver ? En Suisse, les foyers qui se chauffent au gaz ont de quoi s’interroger. Derrière la hausse des prix, plusieurs inconnues compliquent les prévisions pour les mois à venir.
Les tensions au Moyen-Orient pèsent sur les approvisionnements, tandis que les réserves de certains pays européens suscitent des préoccupations. La rigueur de l’hiver pourrait encore compliquer la situation.
Un prix multiplié par environ 2,6 depuis janvier
Sur le marché européen de référence, le TTF, le gaz est passé de 28 à près de 73 euros par mégawattheure depuis le début de l’année. Cela représente une multiplication par environ 2,6, soit une hausse proche de 161 %.
Dans un sujet relayé par la RTS, Daniela Decurtins, directrice de l’Association suisse de l’industrie gazière, décrit une incertitude plus élevée que les années précédentes. Interrogée par SRF, elle signale notamment des niveaux de stockage historiquement bas en Allemagne et aux Pays-Bas.
Les perturbations dans le détroit d’Ormuz réduisent également la disponibilité du gaz naturel liquéfié sur le marché mondial. Dans ce contexte, les températures de cet hiver seront déterminantes pour les besoins de chauffage.
Daniela Decurtins évoque un possible nouveau doublement des prix dans le scénario le plus défavorable envisagé par les spécialistes. Il ne s’agit pas d’une prévision certaine. Elle estime par ailleurs qu’un retour aux niveaux de 2022, lorsque les cours avaient atteint 340 euros par mégawattheure, n’est pas attendu.
Une solution de secours pour sécuriser l’approvisionnement
La Suisse ne dispose pas d’installations de stockage de gaz sur son territoire et s’approvisionne traditionnellement surtout auprès de l’Allemagne. Cette dépendance explique l’attention portée aux réserves européennes et aux possibilités de diversifier les arrivées de gaz.
L’industrie gazière suisse a ainsi développé une option supplémentaire, mobilisable en cas d’urgence. Le dispositif décrit par Daniela Decurtins permettrait de conserver en Suisse du gaz transitant vers l’Italie, tout en achetant une quantité correspondante en Italie pour effectuer un échange.
La responsable présente ce mécanisme comme une assurance que l’on espère ne jamais devoir utiliser, destinée avant tout à protéger l’industrie et le commerce.
Cette possibilité vise à sécuriser les volumes disponibles. Elle ne garantit pas, à elle seule, des prix plus bas. La distinction est importante : pouvoir continuer à acheter du gaz et pouvoir l’acheter à un tarif abordable sont deux enjeux différents pour l’hiver à venir.
Le gaz renouvelable, une piste pour réduire la dépendance
À plus long terme, le secteur mise sur une consommation accrue de gaz renouvelable produit en Suisse et en Europe. Ces approvisionnements représentent actuellement environ 10 % du total, d’après les données présentées dans le sujet.
L’objectif annoncé est d’atteindre 15 % d’ici 2030, puis 100 % à l’horizon 2050. Pour progresser, la branche compte notamment sur un doublement de la production nationale d’ici 2030 et sur les importations de biométhane. Daniela Decurtins estime que la trajectoire vers le premier objectif est favorable.
Ces développements ne suffiront toutefois pas à effacer les tensions de cet hiver. Le scénario décrit reste celui d’un gaz susceptible de devenir plus cher, voire moins disponible, plutôt que celui d’une coupure généralisée des ménages et des installations industrielles.
Pour les foyers concernés, aucun montant précis de hausse de facture n’est annoncé dans les informations rapportées. Les tarifs de leur fournisseur devront donc être distingués des variations, parfois spectaculaires, du marché européen.







