La population suisse continue d’augmenter, mais cette croissance cache une évolution démographique beaucoup plus préoccupante. Le nombre de personnes âgées de 0 à 19 ans diminue dans le pays et dans la plupart des cantons, alors que le taux de natalité reste très inférieur au seuil nécessaire au renouvellement des générations.
Cette évolution pourrait progressivement transformer l’équilibre du pays. Marché du travail, financement de l’AVS, dépenses de santé, finances publiques et infrastructures pourraient être directement concernés si la tendance se poursuit.
Une Suisse toujours plus peuplée mais moins jeune
Les chiffres du premier trimestre 2026 font apparaître un paradoxe. La population suisse continue de progresser tandis que la part des plus jeunes recule.
Pour Zita Brazzola, chercheuse en démographie, cité par Blick, cette évolution est particulièrement préoccupante. Elle estime que les différences entre les régions pourraient encore s’accentuer au cours des prochaines années, avec des conséquences très différentes selon les cantons.
Le marché du travail pourrait notamment subir une pression croissante. Avec moins de jeunes arrivant progressivement sur le marché professionnel, les entreprises pourraient se retrouver confrontées à une concurrence toujours plus forte pour attirer les travailleurs qualifiés.
À cela s’ajouterait le vieillissement de la population, avec des dépenses potentiellement plus importantes pour les soins aux personnes âgées et le financement de l’AVS.
La natalité suisse reste très basse
Le principal indicateur à surveiller est évidemment le nombre d’enfants par femme. En Suisse, l’indice conjoncturel de fécondité était de 1,29 enfant par femme en 2024, puis de 1,28 en 2025. Or, le seuil généralement retenu pour assurer le renouvellement naturel des générations se situe autour de 2,1 enfants par femme.
Les différences entre les cantons sont toutefois importantes. Bâle-Ville affiche l’un des taux les plus faibles du pays, avec seulement 1,09 enfant par femme. Plusieurs cantons romands se situent également sous la moyenne nationale. Genève atteint 1,22, tandis que Neuchâtel, le Valais et Vaud affichent chacun environ 1,26.
À l’inverse, Uri atteint 1,58 enfant par femme et Appenzell Rhodes-Extérieures 1,49.
Cette géographie de la natalité n’est pas anodine. Les grandes villes attirent notamment de nombreux jeunes adultes pour les études et l’emploi, tandis que les familles ont davantage tendance à s’installer dans les régions périphériques ou rurales.
Le Tessin face à un vieillissement marqué
L’âge moyen de la population suisse tourne actuellement autour de 43 ans, mais là encore, les écarts cantonaux sont importants.
Le Tessin est le canton où la population est la plus âgée, avec un âge moyen d’environ 46 ans. Plusieurs facteurs expliquent cette situation, notamment l’installation de retraités dans le canton, une natalité plus faible et le départ de jeunes adultes qui vont étudier ou travailler ailleurs.
À l’autre extrémité, certains cantons présentent une population sensiblement plus jeune.
Genève, Fribourg, Zurich et Vaud affichent notamment un âge moyen inférieur à la moyenne suisse. Les grandes villes et les régions universitaires attirent une importante population étudiante et de jeunes actifs, ce qui contribue mécaniquement à faire baisser l’âge moyen.
Des cantons qui ne vieillissent pas tous au même rythme
La proportion de jeunes âgés de 15 à 24 ans illustre également ces différences. Vaud arrive en tête avec environ 12,10 % de sa population dans cette tranche d’âge, devant Neuchâtel et Fribourg, à 11,38 %, puis Genève à 11,24 %. La moyenne cantonale se situe autour de 10,26 %.
La présence d’universités et de hautes écoles joue ici un rôle important. Les jeunes viennent dans ces cantons pour leurs études et peuvent ensuite y rester pour commencer leur vie professionnelle.
Mais les mouvements de population peuvent aussi produire l’effet inverse. Zita Brazzola cite notamment le cas de Zoug, où l’on observe davantage de départs parmi les personnes âgées de 65 ans et plus. Une fois à la retraite, certaines personnes peuvent quitter le canton lorsque le coût de la vie devient trop difficile à supporter.
Ces différences montrent que la démographie suisse ne se résume pas à une simple question de nombre d’habitants. Deux cantons peuvent connaître une croissance démographique tout en faisant face à des défis totalement différents.
À terme, la question ne sera donc peut-être pas seulement de savoir combien de personnes vivront en Suisse, mais qui elles seront, où elles vivront et qui travaillera pour financer les infrastructures et les assurances sociales du pays.








