Pendant des décennies, la Suisse a été considérée comme un refuge idéal pour les grandes entreprises internationales. Sa stabilité, ses talents et son environnement économique ont attiré des milliers d’emplois et d’investissements.
Mais cette attractivité commence à être fragilisée par de nouveaux obstacles qui inquiètent les dirigeants. Entre coûts élevés, procédures lentes et concurrence étrangère, le modèle suisse doit désormais relever un nouveau défi.
La Suisse conserve son statut mais la concurrence avance
Pendant longtemps, la Suisse a figuré parmi les pays les plus recherchés par les multinationales.
Entre 2020 et 2025, elle a encore réussi à attirer environ 20 % des implantations de grandes entreprises en Europe, confirmant son rôle de place économique majeure. Mais derrière ces performances solides, plusieurs signaux commencent à inquiéter.
Une étude menée par McKinsey auprès d’une soixantaine de dirigeants et cadres montre que les avantages traditionnels du pays sont progressivement mis sous pression.
Les entreprises internationales apprécient toujours la stabilité politique, la qualité de la main-d’œuvre et l’écosystème d’innovation suisse. Pourtant, d’autres destinations deviennent plus compétitives et certaines contraintes helvétiques pèsent davantage dans les décisions d’investissement.
Les procédures administratives jugées trop lentes
Parmi les principales critiques formulées par les entreprises figure la lourdeur administrative.
Les délais pour obtenir certaines autorisations, notamment les permis de construire, les homologations ou les permis de travail pour les collaborateurs étrangers, sont régulièrement cités comme un frein.
Dans un environnement où les groupes internationaux comparent plusieurs pays avant d’implanter leurs activités, la rapidité des procédures devient un élément stratégique.
Un projet qui prend plusieurs mois de retard peut influencer le choix final d’une entreprise. Le coût de l’énergie constitue également une préoccupation majeure, notamment pour les industries qui consomment beaucoup d’électricité.
Selon Rahul Sahgal, directeur de la Chambre de commerce suisse-américaine, cité par Le Temps, les coûts énergétiques pour certaines entreprises seraient jusqu’à trois fois supérieurs à ceux observés aux États-Unis.
Une fiscalité moins avantageuse et un franc toujours fort
La fiscalité suisse fait également partie des éléments qui réduisent son attractivité. Avec l’entrée en vigueur de l’impôt minimum mondial de l’OCDE, certains avantages fiscaux dont bénéficiaient certaines grandes entreprises ont perdu de leur importance.
À cela s’ajoute la force du franc suisse, qui complique la compétitivité des sociétés étrangères produisant en Suisse et exportant leurs marchandises.
Cette combinaison de facteurs oblige désormais le pays à défendre davantage sa position face à d’autres places économiques internationales.
Des multinationales essentielles à l’économie suisse
L’enjeu dépasse largement la question de l’image du pays. Les multinationales représentent environ 6 % des entreprises établies en Suisse, mais elles contribuent à 42 % du produit intérieur brut et à 33 % des emplois, selon les données citées dans l’étude.
Entre 2014 et 2024, elles auraient également généré près de la moitié des nouveaux emplois créés. Leur présence joue donc un rôle central dans la croissance économique et l’innovation.
La Suisse continue d’ailleurs à attirer les entreprises technologiques ainsi que les activités liées à la recherche et au développement. En revanche, certains secteurs historiques, comme la pharmacie et les sciences de la vie, font face à une concurrence accrue, notamment de la part de l’Irlande.
Cinq priorités pour rester dans la course
Pour préserver son attractivité, plusieurs recommandations sont avancées par McKinsey et la Chambre de commerce suisse-américaine.
Les experts identifient notamment la nécessité d’attirer davantage de talents internationaux, d’accélérer les procédures administratives, de garantir une fiscalité stable, d’améliorer les infrastructures et de clarifier les relations avec les grands partenaires économiques comme l’Union européenne, les États-Unis et l’Asie.
« La Suisse n’a pas besoin de se réinventer », estime Michael Steinmann, associé gérant de McKinsey Suisse.
Mais le pays ne peut plus simplement compter sur ses anciens atouts. Dans une compétition mondiale où les entreprises cherchent les environnements les plus efficaces et prévisibles, conserver son avance nécessitera désormais des ajustements.








