Les prix ralentissent mais le sentiment de vie chère reste bien installé en Suisse 

L’inflation suisse est retombée à un niveau très bas, mais beaucoup de ménages continuent de ressentir une forte pression sur leur budget. Derrière ce paradoxe se cachent plusieurs mécanismes qui brouillent la perception des prix.

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Les prix ralentissent mais le sentiment de vie chère reste bien installé en Suisse : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Les chiffres officiels semblent rassurants, mais le ressenti des Suisses raconte une autre histoire. Malgré une inflation désormais limitée, nombreux sont ceux qui ont encore l’impression que tout coûte plus cher qu’avant. 

Entre certaines dépenses qui échappent aux statistiques et les hausses qui marquent davantage les esprits, le décalage s’explique par plusieurs facteurs. Un phénomène qui révèle que l’inflation ne se mesure pas seulement avec des chiffres. 

Une inflation officiellement faible, mais un sentiment inverse

« Tout devient plus cher ! » Cette phrase revient régulièrement dans les discussions en Suisse.

Pourtant, les chiffres récents donnent une image bien différente. En août, l’inflation annuelle s’est établie à 0,8 %, selon les données publiées par l’Office fédéral de la statistique (OFS). Un niveau considéré comme très modéré, alors que la Suisse n’a plus connu d’inflation supérieure à 1 % depuis près de deux ans.

Sur un mois, les prix ont toutefois progressé de 0,4 %, ce qui peut contribuer à entretenir cette impression de hausse permanente.

Mais pourquoi les consommateurs ont-ils le sentiment de payer toujours plus alors que les indicateurs économiques montrent une situation beaucoup plus calme ?

Les primes maladie : une dépense lourde absente du calcul de l’inflation

L’un des principaux éléments qui explique ce décalage concerne les primes d’assurance maladie. Ces dernières années, elles ont fortement augmenté pour de nombreux ménages suisses. Pourtant, cette hausse n’est pas directement intégrée dans le calcul traditionnel de l’inflation.

La raison est simple. Les statistiques mesurent l’évolution du prix des prestations de santé, mais pas l’augmentation liée à une consommation plus importante de soins.

Si une consultation médicale devient plus chère, cela influence l’inflation. En revanche, si les assurés consultent davantage et que les primes augmentent en conséquence, cette hausse n’est pas comptabilisée de la même manière.

Un économiste cité par Blick compare cette situation à l’automobile. Si le prix d’une voiture augmente, cela apparaît dans l’inflation. Mais acheter deux voitures au lieu d’une ne change pas le niveau général des prix mesuré.

Les hausses visibles marquent davantage les esprits

Notre perception des prix dépend aussi beaucoup de ce que nous achetons régulièrement.

Les produits du quotidien comme l’alimentation, l’essence ou certains services attirent immédiatement l’attention lorsqu’ils augmentent. À l’inverse, les produits achetés rarement peuvent voir leurs prix baisser sans que les consommateurs ne le remarquent vraiment.

Certains équipements électroniques illustrent ce phénomène. Le prix des téléviseurs, par exemple, a fortement diminué ces dernières années, mais cette baisse a beaucoup moins d’impact psychologique qu’une augmentation du prix d’un plein d’essence ou d’un panier de courses.

Les médias participent également à cette perception. Les fortes hausses de prix font davantage parler d’elles que les baisses discrètes de certains produits.

La psychologie joue un rôle dans notre perception des prix

Un autre facteur entre en jeu. La manière dont le cerveau humain réagit aux pertes. Les économistes parlent d’aversion à la perte. Une augmentation des prix est vécue comme une perte directe de pouvoir d’achat, tandis qu’une baisse équivalente procure rarement un sentiment positif aussi fort.

Ainsi, même si certains produits deviennent moins chers et que l’inflation globale reste faible, quelques hausses importantes peuvent suffire à donner l’impression que la situation se dégrade.

Une inflation nulle ne signifie donc pas forcément que tous les ménages ont le sentiment d’aller mieux.

Une inflation différente selon les ménages

Le chiffre officiel de l’inflation correspond à un panier moyen de consommation. Mais tous les foyers n’ont pas les mêmes dépenses.

Un ménage qui consacre une grande partie de son budget à l’alimentation, au logement ou aux assurances ressentira davantage certaines hausses qu’un autre.

Selon des calculs de Comparis, les ménages aux revenus plus faibles ainsi que certains couples de retraités sans enfants sont actuellement parmi ceux qui ressentent le plus fortement la pression des prix.

L’inflation suisse est donc bel et bien faible sur le papier, mais son impact réel dépend fortement du mode de vie de chacun.

Le paradoxe est finalement simple, les prix augmentent moins vite qu’avant, mais ils restent souvent beaucoup plus élevés qu’il y a quelques années. Et c’est cette différence entre le niveau actuel des prix et le souvenir des anciennes dépenses qui nourrit encore le sentiment d’une vie toujours plus chère.

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