Le géant bleu traverse une sérieuse zone de turbulences à la Bourse suisse. Après avoir touché un sommet en mars, son action a effacé une bonne partie de son avance en quelques mois.
Les derniers chiffres du groupe n’ont pas suffi à rassurer le marché. Et derrière le traditionnel attrait du dividende, plusieurs faiblesses commencent à peser lourd.
Près de 20% envolés depuis le sommet de mars
La chute commence à devenir difficile à ignorer. Mercredi, l’action Swisscom a cédé 2,4% pour terminer à 608,50 francs. Depuis son plus haut annuel de 726,50 francs atteint à la mi-mars, le titre a perdu près de 20% de sa valeur, selon une analyse de Thomas Marti, expert en trading et rédacteur chez Cash. Son gain depuis le début de l’année s’est ainsi réduit à environ 5%.
Les investisseurs qui espéraient profiter d’un point d’entrée après la dégradation du titre par Morgan Stanley à la mi-juin ont, pour l’instant, été refroidis. Après une courte stabilisation autour de 635 francs, l’action a repris le chemin de la baisse.
Swisscom souffre aussi de son profil très défensif. Lorsque les marchés retrouvent le goût du risque, les valeurs réputées stables et généreuses en dividendes peuvent perdre un peu de leur attrait. C’est précisément le type de contexte décrit par Blick, alors que les investisseurs espèrent un environnement monétaire moins tendu.
Le dividende ne suffit d’ailleurs plus à faire oublier toutes les interrogations. Après la baisse du titre, son rendement atteint environ 4,3%, mais reste inférieur à celui de certains grands opérateurs européens, comme Telefónica ou Telenor.
La valorisation soulève également des questions. Le ratio cours-bénéfice de Swisscom atteint 21, contre une moyenne historique de 18, selon les données Bloomberg reprises par le média suisse. Deutsche Telekom affiche, à titre de comparaison, un multiple nettement inférieur.
Le verdict des analystes n’a rien d’enthousiasmant. Neuf recommandent de conserver le titre et sept de le vendre, avec un objectif de cours moyen de 608 francs selon l’AWP-Analyzer. À peu de chose près, c’est le niveau auquel l’action a clôturé mercredi.
Autrement dit, le marché peine pour l’instant à trouver la petite étincelle capable de relancer franchement Swisscom.
Des résultats moins brillants, mais Swisscom garde quelques cartes
Les comptes du premier trimestre donnent une partie de l’explication. Entre janvier et mars 2026, le chiffre d’affaires du groupe a reculé de 4,1% sur un an, à 3,606 milliards de francs. Le bénéfice net a diminué de 9,6% pour tomber à 332 millions. Swisscom attribue principalement ce dernier recul à des effets financiers sans impact sur la trésorerie.
Tout n’est pourtant pas rouge. Le bénéfice opérationnel après charges de leasing, l’EBITDAaL, a progressé de 0,8% pour atteindre 1,288 milliard de francs. Le flux de trésorerie opérationnel disponible a, lui, augmenté de 22,6% sur une base comparable, à 594 millions.
L’intégration de Vodafone Italia constitue également l’un des grands paris du groupe. La fusion juridique de Fastweb et Vodafone Italia est effective depuis le 1er janvier 2026 et Swisscom affirme que le rapprochement avance comme prévu. Au premier trimestre, les synergies ont atteint 77 millions d’euros et le groupe vise 300 millions sur l’ensemble de l’année.
C’est un élément essentiel pour comprendre le dossier. En Italie, le chiffre d’affaires a reculé de 4,5%, mais la baisse des coûts liée aux premières synergies a soutenu le résultat opérationnel. L’intégration peut donc devenir un moteur important si Swisscom réussit à tenir ses promesses.
En Suisse, le tableau reste plus délicat. Les revenus du segment ont diminué de 1,3% au premier trimestre et ceux des services de télécommunication de 2,6%. Les économies réalisées ont permis d’absorber plus de la moitié de l’impact de cette érosion, mais elles ne font pas disparaître le problème de fond.
Malgré ces vents contraires, Swisscom n’a pas abaissé ses ambitions pour 2026. Le groupe vise toujours un chiffre d’affaires compris entre 14,7 et 14,9 milliards de francs, un EBITDAaL de 5 à 5,1 milliards et environ 2 milliards de flux de trésorerie opérationnel disponible.
Le dividende reste aussi une carte majeure. Si les objectifs sont atteints, Swisscom prévoit de proposer une hausse de 26 à 27 francs par action pour l’exercice 2026, avec un versement en 2027 sous réserve de l’approbation de l’assemblée générale.
Alors, faut-il revendre ? Les chiffres ne permettent pas de donner une réponse universelle. Swisscom reste solide en matière de trésorerie et maintient ses objectifs, mais l’érosion des activités télécoms et une valorisation jugée élevée limitent pour l’instant l’enthousiasme autour du titre.
Une chose est certaine. Après des années à séduire par son calme et son dividende, Swisscom doit désormais prouver qu’elle peut aussi retrouver un véritable moteur de croissance.








