Les salaires des grands patrons suisses repartent très fortement à la hausse. Selon une étude de la Fondation Ethos, la rémunération moyenne des directeurs généraux des grandes entreprises cotées a augmenté de près de 30% en cinq ans.
Cette évolution place la Suisse parmi les pays où les dirigeants sont les mieux payés au monde. Et le cas du patron de Novartis illustre à lui seul l’ampleur du débat.
Une hausse spectaculaire dans les grandes entreprises suisses
D’après l’étude annuelle de la Fondation Ethos, la rémunération moyenne des CEO des 20 plus grandes capitalisations de la Bourse suisse, réunies dans l’indice SMI, est passée de 6,6 millions de francs en 2020 à 8,4 millions en 2025. La progression atteint ainsi 28,8% en cinq ans.
La tendance ne concerne pas seulement les plus grands groupes. Les patrons des 25 entreprises suivantes, celles du SMIM, ont eux aussi vu leurs rémunérations grimper fortement. Leur salaire moyen a augmenté de 28,5% sur la même période, pour atteindre 4,7 millions de francs.
Cette flambée place la Suisse dans le haut du classement international. Selon les éléments rapportés par la TDG, elle se situe au quatrième rang des pays où les grands patrons sont les mieux rémunérés, derrière les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni. Dans un contexte où le coût de la vie, les primes maladie et les loyers pèsent sur de nombreux ménages, ces chiffres alimentent forcément le débat.
Novartis cristallise les critiques
Le cas le plus frappant reste celui de Vasant Narasimhan, directeur général de Novartis. En 2025, sa rémunération réalisée a atteint 24,9 millions de francs, lorsque l’on tient compte de l’évolution du cours de l’action. Ethos calcule que cela représente environ 295 fois le salaire médian en Suisse.
Cette somme revient à dire que le patron du géant pharmaceutique gagne en une seule journée ce qu’un salarié médian touche en une année. Le chiffre est spectaculaire, mais il révèle aussi une question plus technique : la différence entre la rémunération accordée et la rémunération réellement perçue.
La rémunération accordée correspond à ce qui est promis au dirigeant au cours de l’année. Mais lorsque les plans d’actions à long terme arrivent à échéance, la somme finale peut fortement augmenter, surtout si le titre de l’entreprise a bien progressé en Bourse. C’est précisément ce mécanisme qui peut faire exploser les montants.
Un manque de transparence pointé par Ethos
La Fondation Ethos insiste aussi sur un problème de transparence. En Suisse, seules quelques grandes entreprises publient la rémunération réalisée finale de leur CEO. ABB, Novartis et Swiss Re font figure d’exceptions. Pour de nombreux autres groupes du SMI, les montants réellement touchés restent moins visibles.
Cette situation complique la lecture du débat public. Les actionnaires, les salariés et les citoyens voient les montants annoncés, mais pas toujours l’ensemble des effets liés aux plans de rémunération à long terme. Or ces écarts peuvent être très importants.
Ethos estime que l’autorégulation ne suffit plus et plaide pour un cadre plus strict, notamment afin d’améliorer la transparence et de limiter les excès. La fondation met aussi en garde contre une vision trop centrée sur le rôle du CEO. Interrogé par la RTS, son directeur Vincent Kaufmann rappelle que le succès d’une entreprise employant des milliers de personnes ne devrait pas dépendre d’une seule personne.
Le débat dépasse la simple jalousie salariale
Les défenseurs de ces rémunérations avancent souvent l’argument de la concurrence internationale. Les grands groupes suisses doivent attirer des profils capables de diriger des entreprises mondiales, dans des secteurs très compétitifs comme la finance, l’assurance, la chimie ou la pharma.
Ethos ne nie pas la difficulté de trouver de bons dirigeants. Mais la fondation estime que ces niveaux deviennent difficiles à justifier, surtout lorsque les écarts avec les salaires médians atteignent de tels sommets. Pour Vincent Kaufmann, directeur d’Ethos, une entreprise employant des milliers de personnes ne devrait pas dépendre à ce point d’un seul individu.
Le sujet touche donc à une question plus large : quelle part du succès revient au CEO, et quelle part revient aux équipes, à la stratégie collective, au contexte économique ou aux marchés financiers ? Avec des rémunérations qui progressent beaucoup plus vite que celles de la majorité des salariés, le débat n’est pas près de s’éteindre en Suisse.








