Le choix du mode de versement du deuxième pilier devient une décision de plus en plus stratégique pour les futurs retraités suisses. Une récente étude montre qu’une part croissante des assurés préfère récupérer son avoir de prévoyance sous forme de capital plutôt que sous forme de rente mensuelle.
Cette évolution traduit une recherche accrue de flexibilité financière et une volonté de garder davantage de contrôle sur son patrimoine au moment du départ à la retraite. Derrière cette tendance se dessinent aussi des interrogations plus larges sur la gestion de l’épargne vieillesse et sur la manière dont les Suisses préparent la transmission de leurs avoirs.
Le retrait en capital dépasse légèrement la rente chez les assurés de plus de 58 ans
Selon une étude publiée par la Banque cantonale de Zurich (ZKB), 36 % des assurés suisses âgés de plus de 58 ans choisissent désormais un retrait en capital, total ou partiel, de leur deuxième pilier. À l’inverse, 35 % privilégient encore une rente versée de manière régulière après la retraite.
Le rapport s’appuie sur les réponses d’assurés compilées par l’institut de recherche gfs.bern. Les résultats confirment une tendance déjà observée dans les statistiques fédérales ces dernières années.
Pendant longtemps, la rente représentait la solution dominante dans le système suisse de prévoyance professionnelle. Ce modèle garantit un revenu stable jusqu’à la fin de la vie et permet aux retraités de bénéficier d’une certaine sécurité financière sans devoir gérer eux-mêmes leur capital.
Le retrait en capital répond à une logique différente. Les assurés récupèrent leur avoir de retraite sous forme de somme unique, qu’ils peuvent ensuite utiliser librement selon leurs besoins, leurs projets ou leur stratégie patrimoniale.
Contrairement à certaines idées reçues, cette évolution ne serait pas principalement liée à une baisse des taux de conversion ou à une perte de confiance envers les caisses de pension. L’étude met surtout en avant le désir des assurés de disposer plus librement de leur argent et de prendre eux-mêmes les décisions concernant leur patrimoine.
Cette recherche de flexibilité apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux moteurs du phénomène. Certains futurs retraités souhaitent par exemple financer un projet immobilier, soutenir leurs proches ou adapter leurs dépenses en fonction de leur situation personnelle.
Le capital présente aussi un autre avantage souvent cité. Les montants qui ne sont pas utilisés peuvent être transmis aux héritiers. Cet aspect joue un rôle important dans les décisions de nombreux ménages, notamment dans un contexte où les questions de transmission patrimoniale prennent davantage de place dans les stratégies financières des familles.
Une liberté financière plus grande qui s’accompagne aussi de risques importants
Si le retrait en capital attire un nombre croissant d’assurés, cette solution implique également une responsabilité bien plus importante pour les retraités eux-mêmes.
Avec une rente, les versements restent garantis tout au long de la retraite, indépendamment de l’évolution des marchés financiers ou de la manière dont l’argent est utilisé. Le capital, lui, doit être géré directement par la personne qui le retire.
Les assurés doivent alors décider comment investir leurs fonds, combien dépenser chaque année et comment préserver leur épargne sur le long terme. Cette autonomie peut représenter un avantage pour certains profils, mais elle comporte aussi des risques parfois sous-estimés.
L’étude relayée par la RTS souligne justement que la gestion personnelle des avoirs de retraite n’est pas toujours suffisamment anticipée. Une mauvaise stratégie financière, des placements peu performants ou des dépenses plus élevées que prévu peuvent rapidement fragiliser la situation d’un retraité.
Le risque lié à la longévité constitue également un élément important. Une personne qui retire son capital doit s’assurer que ses économies seront suffisantes pour couvrir l’ensemble de ses besoins pendant toute la durée de sa retraite.
Les fluctuations des marchés financiers peuvent aussi avoir un impact direct sur les revenus futurs des retraités qui choisissent d’investir eux-mêmes leur avoir de prévoyance. À l’inverse, la rente offre une stabilité qui continue de rassurer une grande partie des assurés.
Le débat entre rente et capital reste donc particulièrement sensible dans le système suisse de prévoyance. Les deux solutions répondent à des besoins différents et impliquent des arbitrages entre sécurité financière, autonomie et transmission du patrimoine.
Les résultats de cette étude montrent toutefois qu’une part grandissante des futurs retraités semble prête à privilégier la liberté de gestion, même si cette option implique davantage de responsabilités sur le long terme.








