Plus d’un million de Suisses risquent une mauvaise surprise sur leur rente AVS

Plus d’un million de Suisses risquent une rente AVS réduite en raison de lacunes de cotisations accumulées au fil des années.

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Rente
Plus d’un million de Suisses risquent une mauvaise surprise sur leur rente AVS : Crédit : Shutterstock | Econostrum.info - Suisse

Les rentes de l’Assurance vieillesse et survivants (AVS) constituent le socle du système de retraite en Suisse. Elles garantissent un revenu de base à la majorité des retraités, à condition d’avoir respecté des obligations de cotisation strictes tout au long de la vie active. 

Pourtant, une part importante de la population ne perçoit pas la totalité de cette rente en raison de lacunes accumulées parfois sur plusieurs décennies. Ce phénomène, désormais bien documenté, soulève des enjeux économiques et sociaux à mesure que les départs à la retraite se multiplient.

Plus d’un million de personnes concernées par des rentes partielles

Pour obtenir une rente AVS complète, la législation impose une condition claire: cotiser sans interruption pendant 44 ans, soit de l’année suivant le 20e anniversaire jusqu’à l’âge de 65 ans. Toute année manquante entraîne une réduction automatique de la pension. Cette règle, simple en apparence, a des conséquences directes sur le niveau de vie des retraités.

Le cas de Roland Reinle, abordé par le média Blick, illustre concrètement cette réalité. À 66 ans, il perçoit une rente de 690 francs et vit en Espagne. Des cotisations non versées dans les années 1980, alors même qu’il travaillait, expliquent cette situation. Selon une analyse interne citée par l’Union syndicale suisse, un retraité sur cinq en Suisse présente des lacunes de cotisations. Cela représente environ un million de personnes actives aujourd’hui susceptibles de ne percevoir qu’une rente partielle.

Les données de l’Office fédéral des assurances sociales confirment l’ampleur du phénomène. Environ un quart des nouveaux retraités ont cotisé moins de 44 ans, et cette proportion est en progression. Toutefois, ces chiffres doivent être interprétés avec nuance. Les interruptions de couverture d’assurance ne correspondent pas systématiquement à des lacunes problématiques. Elles concernent notamment des personnes arrivées en Suisse après 20 ans ou ayant travaillé à l’étranger avant de revenir. «Il ne s’agit pas nécessairement de cas problématiques», précise Harald Sohns, porte-parole de l’office, en soulignant que ces assurés peuvent bénéficier de droits acquis dans d’autres systèmes.

Les écarts sont particulièrement marqués selon les profils. La proportion de carrières incomplètes reste limitée à 7% chez les Suisses de naissance et à 16% pour l’ensemble des citoyens suisses, naturalisés inclus. En revanche, elle dépasse 80% chez les personnes étrangères, en raison de parcours professionnels souvent internationaux.

Des causes multiples et des pistes de réforme encore en discussion

Les véritables lacunes de cotisations, celles qui impactent directement les rentes, résultent le plus souvent de situations administratives ou professionnelles spécifiques. Les étudiants qui ne s’annoncent pas auprès d’une caisse de compensation, les périodes prolongées de maladie ou d’accident, ainsi que les changements fréquents d’employeur peuvent entraîner des omissions. Le travail non déclaré et les séjours à l’étranger sans assurance volontaire figurent également parmi les causes identifiées.

Malgré ces situations, l’Office fédéral des assurances sociales indique que la majorité des assurés respectent leurs obligations. En 2019, plus de 99% des citoyens suisses avaient versé leurs cotisations. Toutefois, des écarts subsistent, notamment chez les étrangers, avec environ 8% des femmes et 5% des hommes n’ayant pas cotisé cette année-là.

Les conséquences financières sont clairement établies. Chaque année manquante réduit la rente de 2,3%. Sur une pension maximale de 2’520 francs, cela représente environ 60 francs en moins par mois.

Face à cette situation, l’Union syndicale suisse propose plusieurs mesures. Parmi elles, l’envoi automatique d’un relevé annuel du compte AVS détaillant les cotisations versées, les années validées et les éventuelles lacunes. L’organisation recommande également d’étendre la période de rattrapage des cotisations, actuellement limitée à cinq ans, à dix ans. Elle demande enfin la mise en place d’un service de conseil gratuit pour accompagner les assurés.

Du côté des autorités, une réforme est en préparation. Sous l’impulsion de la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider, un projet de numérisation de l’AVS est en cours. Il prévoit la création d’une plateforme permettant aux assurés de consulter leurs données et d’identifier d’éventuelles lacunes. Le projet est actuellement examiné au Conseil national et devrait être débattu lors d’une session extraordinaire fin avril. Une disposition prévoit que les utilisateurs de cette plateforme reçoivent automatiquement un relevé annuel. Toutefois, l’entrée en vigueur de cette réforme n’est pas attendue avant 2028.

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