1,6 million pour un PDG de l’énergie ? Les salaires des grands patrons suisses sur la sellette

Les salaires des PDG dans le secteur de l’énergie suisse dans le viseur : une proposition de plafonnement secoue le milieu.

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Salaires
1,6 million pour un PDG de l’énergie ? Les salaires des grands patrons suisses sur la sellette : Crédit : LinkedIn | Econostrum.info - Suisse

Les salaires des PDG des entreprises énergétiques en Suisse ont récemment fait l’objet de vives critiques. Certains dirigeants, comme ceux d’Axpo et de BKW, touchent des rémunérations annuelles pouvant atteindre jusqu’à 1,6 million de francs, bien supérieures aux salaires des membres du gouvernement suisse. 

Face à cette situation, la Commission de l’énergie du Conseil national a décidé de prendre des mesures, proposant un plafond salarial pour les dirigeants d’entreprises énergétiques majoritairement détenues par l’État. Cette proposition soulève des questions sur l’équité salariale et sur la manière dont ces grandes entreprises, largement protégées par des garanties publiques, rémunèrent leurs dirigeants.

Un plafond salarial proposé pour les dirigeants des entreprises publiques

Le débat sur les salaires des dirigeants des entreprises énergétiques suisses a pris une nouvelle tournure cette semaine. La Commission de l’énergie du Conseil national a accepté une initiative parlementaire visant à plafonner les rémunérations des PDG et des membres des conseils d’administration des grandes entreprises électriques suisses. Si cette mesure est adoptée en plénum par le Parlement, elle pourrait limiter le salaire des dirigeants à 478 166 francs, soit le même montant que celui perçu chaque année par les membres du gouvernement suisse.

L’initiative a été largement soutenue, avec 17 voix pour et 4 contre, et cible principalement les entreprises majoritairement détenues par les pouvoirs publics, telles qu’Axpo et les Forces motrices bernoises (BKW). Ces entreprises, qui bénéficient d’une forme de garantie de l’État en raison de leur rôle stratégique et de leur forte régulation, se retrouvent au centre de cette proposition. La motivation derrière cette initiative est simple : si les risques financiers sont couverts en partie par les contribuables, les salaires des dirigeants devraient être proportionnels à cette réalité.

Actuellement, le patron d’Axpo, Christoph Brand, touche un salaire pouvant dépasser 1,6 million de francs par an, incluant des contributions à la caisse de pension. De son côté, le CEO de BKW, Robert Itschner, a perçu une rémunération similaire en 2024. Pour les auteurs de l’initiative, ces montants sont jugés excessifs, d’autant plus que ces entreprises profitent d’une sécurité financière issue de leur relation avec l’État. Le conseiller national Rémy Wyssmann, à l’origine de cette proposition, a souligné que ces rémunérations sont injustifiées dans un marché hautement régulé, où les risques sont principalement assumés par les contribuables.

Réactions du secteur et tensions sur la liberté économique

Si certains acteurs politiques estiment qu’un encadrement des salaires des dirigeants est nécessaire, notamment pour éviter des abus dans des entreprises bénéficiant d’un soutien indirect de l’État, cette mesure a été vivement critiquée par certains secteurs. L’entreprise BKW, par exemple, a qualifié la décision de la Commission de l’énergie de « d’ingérence injustifiée dans la liberté économique », relèbe Watson. BKW défend l’idée qu’elle n’est pas une société purement étatique et qu’une telle mesure pourrait nuire à sa compétitivité, surtout dans le secteur de l’énergie, où la concurrence pour attirer des talents est féroce.

En réponse aux critiques et face aux pressions politiques, Axpo a déjà pris certaines mesures pour réviser la rémunération de ses dirigeants. Lors d’une assemblée générale extraordinaire en novembre dernier, les actionnaires d’Axpo, notamment les cantons de Zurich, d’Argovie et de Schaffhouse, ont adopté un nouveau système de rémunération. Ce système prévoit un salaire maximal de 1 million de francs pour les membres de la direction, mais uniquement si tous les objectifs fixés sur trois ans sont atteints. Un plafond salarial a également été instauré pour le CEO, dont la rémunération pourra varier entre 750 000 et 1,37 million de francs, en fonction des performances de l’entreprise.

Les critiques sur le système actuel mettent en lumière un dilemme auquel sont confrontées les entreprises publiques ou semi-publiques : comment garantir la compétitivité tout en répondant aux attentes de transparence et d’équité salariale dans un secteur hautement régulé et soutenu par l’État ? Si le plafonnement des salaires des dirigeants des entreprises publiques semble séduire certains acteurs politiques, la question de l’impact sur la compétitivité des entreprises et leur capacité à attirer des talents demeure un point de friction central.

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