Le tourisme en Suisse connaît une croissance impressionnante, atteignant de nouveaux records chaque année. Toutefois, cette hausse s’accompagne d’une pression accrue sur certaines localités, où l’afflux massif de visiteurs devient problématique.
Dans cette station, l’intensité touristique est cinq fois plus élevée qu’à Venise, un indicateur inquiétant de la saturation de certaines destinations. Ce phénomène soulève des questions cruciales sur la durabilité du modèle touristique suisse et ses impacts à long terme sur l’environnement et les communautés locales.
Le surtourisme en Suisse : des chiffres qui inquiètent
Le secteur touristique suisse est en pleine forme, avec des chiffres de fréquentation qui ne cessent d’augmenter. En 2024, la Suisse a enregistré 43 millions de nuitées, un record qui reflète l’attrait croissant des touristes pour le pays. Toutefois, cette réussite a son revers. L’intensité touristique, un indicateur qui compare le nombre de nuitées au nombre d’habitants d’une commune, révèle des disparités frappantes entre les régions. Dans certaines petites communes touristiques, comme Zermatt, l’intensité est cinq fois plus forte que celle de Venise. En effet, à Zermatt, une petite station du Valais, on comptabilise 269 nuitées par habitant, contre 47 à Venise. Cela signifie que la pression exercée sur les infrastructures et les ressources naturelles locales est immense.
Le classement des communes suisses avec la plus forte intensité touristique montre clairement que les petites localités de montagne sont particulièrement touchées, relate Blick. Zermatt arrive en tête, suivie de Lauterbrunnen et Grindelwald, qui connaissent également une forte saturation. Ces communes, souvent de moins de 5000 habitants, voient leur capacité d’accueil largement dépassée pendant les périodes de forte affluence. Cette situation est particulièrement préoccupante car elle entraîne une détérioration des conditions de vie des résidents, une surcharge des infrastructures locales et un impact négatif sur l’environnement.
En comparaison internationale, la Suisse se situe à un niveau très élevé. Alors que des destinations comme Majorque ou Paris affichent des indices d’intensité touristique de 57 et 20 respectivement, les communes suisses comme Zermatt, Lauterbrunnen ou Grindelwald montrent des chiffres beaucoup plus élevés, soulignant ainsi la pression touristique spécifique à la Suisse.
Les impacts du surtourisme : une menace pour l’environnement et les communautés locales
Les effets du surtourisme sont visibles dans plusieurs régions touristiques suisses, où la croissance du nombre de visiteurs commence à peser lourdement sur les ressources naturelles. Le cas de Zermatt est emblématique de cette problématique. La station, célèbre pour son accès au Mont Cervin, est désormais confrontée à des défis majeurs, avec des infrastructures qui peinent à suivre la demande croissante. Les glaciers suisses, qui attirent de nombreux touristes, souffrent de la chaleur et de l’usure, une situation exacerbée par l’augmentation des visiteurs. L’afflux constant de personnes impacte également la faune locale et modifie les écosystèmes fragiles des montagnes.
Les autorités locales et les acteurs du tourisme se retrouvent dans une position délicate, devant jongler entre la nécessité de maintenir une activité économique forte et la préservation de l’environnement. Alors que le tourisme génère des revenus importants pour les régions concernées, il est devenu évident que la croissance rapide du secteur nécessite une gestion plus stricte. L’intensité touristique doit être régulée pour éviter que les destinations les plus prisées ne deviennent des victimes de leur succès.
L’augmentation du nombre de visiteurs n’affecte pas uniquement l’environnement naturel, mais aussi la vie quotidienne des habitants. La saturation des infrastructures, comme les transports en commun, les hôtels et les restaurants, entraîne une hausse du coût de la vie pour les résidents. De plus, les problèmes liés à la gestion des déchets et à la consommation des ressources énergétiques deviennent de plus en plus fréquents. Les habitants se sentent parfois écrasés par la masse de touristes et la perte d’authenticité des lieux.
La Suisse sur la « No List » des destinations à éviter
Cette situation a même conduit la Suisse à être inscrite pour la première fois sur la « No List » du guide de voyage américain Fodor’s. Cette liste recense les destinations touristiques que les experts conseillent d’éviter, en raison de la pression exercée sur l’environnement et les communautés locales. La région de la Jungfrau, au cœur de l’Oberland bernois, a été particulièrement critiquée, notamment en raison de l’énorme afflux de visiteurs qui nuisent à la conservation des glaciers et à la gestion des ressources naturelles. Fodor’s a souligné que les visiteurs, avides de conquérir les sommets suisses, exercent une pression considérable sur l’écosystème fragile des Alpes.
Les critiques viennent non seulement des guides de voyage, mais aussi des acteurs locaux du secteur du tourisme. Marc Ungerer, directeur de Jungfrau Region Tourismus AG, a exprimé son désarroi face à cette situation, soulignant que la Suisse ne devrait pas être comparée à des destinations comme les îles Canaries ou Mexico, qui accueillent des millions de visiteurs chaque année. Selon lui, la Suisse, malgré l’afflux touristique, doit trouver un moyen de concilier l’attrait pour ses paysages avec la préservation de ses ressources.








