En 2024, les salaires des dirigeants des grandes entreprises suisses ont enregistré une augmentation notable, atteignant des niveaux records. Selon une étude récemment publiée par la fondation Ethos, les présidents-directeurs généraux (PDG) des sociétés cotées au Swiss Market Index (SMI) ont perçu en moyenne 8,3 millions de francs, soit une hausse de 7,4 % par rapport à l’année précédente.
Cette évolution des rémunérations se distingue par sa rapidité et son ampleur, marquant un retour à des niveaux de salaires d’avant 2014 après la pandémie de COVID-19. En effet, ces augmentations ne se limitent pas aux plus grandes entreprises, mais touchent également les PME cotées, soulevant ainsi des questions sur l’équité salariale et la répartition des richesses.
Une augmentation liée à la performance boursière
L’augmentation des salaires des patrons suisses s’explique en grande partie par la part variable de leur rémunération, qui dépend souvent de la performance des actions de l’entreprise. Ces bonus, options d’achat d’actions et autres primes sont des instruments utilisés par les conseils d’administration pour aligner les intérêts des dirigeants avec ceux des actionnaires. Lorsque les entreprises connaissent une bonne performance boursière, les salaires des dirigeants, notamment ceux des entreprises cotées au SMI, augmentent en conséquence. Cette mécanique de rémunération a permis aux dirigeants de percevoir des hausses significatives, en particulier dans un contexte économique où les marchés financiers ont repris de la vigueur après la pandémie.
La performance boursière, qui a été favorable en 2024, a joué un rôle clé dans cette dynamique. L’année dernière, de nombreuses entreprises ont non seulement consolidé leurs bases mais ont aussi enregistré des bénéfices en forte hausse, ce qui a conduit à des primes exceptionnelles pour leurs dirigeants. En ce sens, ces augmentations salariales ne sont pas perçues uniquement comme des ajustements des salaires de base, mais comme une récompense pour les performances exceptionnelles des entreprises sur le marché.
Cette tendance est également visible au sein des petites et moyennes entreprises cotées sur le marché élargi SPI. Les PDG des PME ont vu leur rémunération augmenter de 5,5 % en moyenne, avec une moyenne de 1,5 million de francs, tandis que ceux des entreprises de taille moyenne ont vu leur salaire grimper de 37,4 %, atteignant en moyenne 4,3 millions de francs, selon l’étude de la fondation Ethos. Ces chiffres montrent que l’augmentation des salaires des dirigeants ne concerne pas uniquement les grandes entreprises, mais s’étend à un large éventail de sociétés cotées en bourse, contribuant à la perception de salaires particulièrement élevés dans le pays.
Une approbation croissante des actionnaires
Bien que les salaires des dirigeants soient un sujet de débat depuis plusieurs années, la critique semble s’essouffler face à la montée en puissance de l’approbation des actionnaires. De plus en plus de ces derniers approuvent les rétributions élevées des dirigeants, ce qui soulève des interrogations sur les raisons de cette évolution. Les actionnaires semblent davantage disposer à accepter ces augmentations de salaires, au motif que les performances financières de leurs entreprises justifient en grande partie ces rémunérations. En Suisse, les grandes entreprises cotées au SMI, comme Nestlé, Roche, ou UBS, sont désormais classées parmi les mieux rémunérées d’Europe, se rapprochant des niveaux pratiqués dans les pays anglo-saxons, tels que les États-Unis ou le Royaume-Uni.
Ce phénomène est également observable dans les assemblées générales des entreprises, où les dirigeants continuent de voir leurs rémunérations validées sans trop de résistance. En Suisse, la contestation autour de ces pratiques semble s’atténuer, malgré les préoccupations soulevées par certains syndicats et mouvements sociaux qui dénoncent l’écart croissant entre les salaires des dirigeants et ceux des employés. Cependant, il reste à voir si cette tendance d’approbation générale des rémunérations des dirigeants sera durable dans un contexte où les inégalités salariales deviennent un sujet de plus en plus central dans les débats économiques et sociaux.








