La Chine, dans sa guerre commerciale avec les États-Unis, a choisi de jouer une carte géopolitique décisive : limiter l’exportation de terres rares. Ces métaux rares sont indispensables dans de nombreux secteurs, notamment l’électronique, les technologies vertes et la défense.
Bien que la Suisse ne soit pas un importateur direct de ces matériaux, elle dépend largement des produits finis qui les contiennent, en particulier ceux en provenance de l’Union européenne. Cette situation place le pays dans une position délicate, car la rétention de ces ressources par Pékin pourrait perturber son tissu industriel.
Cette décision chinoise, qui a secoué les marchés mondiaux, touche particulièrement les entreprises suisses dans les secteurs de la haute technologie et des équipements électriques. Jean-Philippe Kohl, vice-directeur de Swissmem, a souligné que cette mesure pourrait entraîner des perturbations majeures à court et moyen terme. Bien que le gouvernement suisse soit conscient de la situation, il semble encore sous-estimé par rapport à la gravité de ce risque, selon Le Temps.
Une dépendance indirecte qui fragilise la Suisse
Si la Suisse ne semble pas être une victime immédiate de cette décision en raison de l’absence d’importation directe de terres rares, le pays est néanmoins lié à cette dynamique par la chaîne d’approvisionnement européenne. En effet, la Suisse importe des produits raffinés contenant ces ressources, qui proviennent principalement de l’Union européenne.
Selon les estimations, ce sont près de 174 tonnes de produits raffinés qui sont ainsi importées chaque année. Ces matériaux jouent un rôle crucial dans l’industrie suisse, notamment dans la fabrication de composants électroniques et de machines de haute technologie, comme le rapporte le média helvétique.
Ce phénomène d’approvisionnement indirect met en évidence la dépendance croissante de la Suisse à l’égard des chaînes d’approvisionnement mondiales, en particulier de celles qui passent par des régions géopolitiquement sensibles. Cette fragilité devient encore plus évidente dans le contexte de tensions internationales accrues, où les ressources stratégiques deviennent des leviers de pouvoir.
Une politique de préparation insuffisante
Malgré ces risques évidents, la Suisse semble avoir tardé à prendre des mesures concrètes pour se préparer à une éventuelle crise d’approvisionnement en métaux rares. Dans un rapport publié en décembre 2024, le Secrétariat d’État à l’économie (Seco) n’a pas abordé de scénario de pénurie, ce qui a été perçu comme une lacune par des experts, dont Elisabeth Baume-Schneider, conseillère fédérale, qui avait alerté le gouvernement dès 2020 sur la nécessité de s’informer et d’agir face à cette problématique.
Baume-Schneider et d’autres responsables politiques pointent la négligence de la Suisse face à un enjeu majeur. Selon elle, en n’agissant pas pour sécuriser les approvisionnements, la Suisse se met hors-jeu dans cette lutte mondiale pour les terres rares. Ce manque de préparation pourrait nuire à la compétitivité des entreprises suisses, notamment celles qui dépendent des technologies nécessitant ces matériaux.
La nécessité d’une réponse géopolitique coordonnée
Face à ce défi, des voix s’élèvent pour appeler à une approche plus proactive de la part des autorités suisses. La conseillère fédérale a d’ailleurs insisté sur l’importance de comprendre les enjeux géopolitiques liés aux terres rares.
Le gouvernement suisse, bien que réactif à cette crise, a annoncé son intention d’améliorer la transparence dans le secteur et de renforcer la coopération entre les institutions concernées, comme le montre la récente visite en Chine du conseiller fédéral Ignazio Cassis.
Néanmoins, les experts s’accordent à dire que ces mesures restent insuffisantes si la Suisse ne met pas en place une stratégie nationale plus solide face à la montée en puissance des tensions géopolitiques, comme l’a noté le Le Temps.








