Les coûts du système de santé en Suisse ont franchi la barre des 94 milliards de francs en 2023, enregistrant une augmentation de 2,4 % par rapport à 2022. Ce chiffre semble modeste en apparence, mais il reflète une tendance plus large, marquée par une hausse continue des dépenses dans le secteur de la santé.
D’ici 2024, une nouvelle augmentation de 3 % est attendue, portant le total des dépenses à environ 97 milliards de francs. Cette hausse des coûts est principalement imputable aux soins ambulatoires et hospitaliers, notamment aux cabinets médicaux, dont les dépenses ont augmenté de 7,1 % toutes spécialités confondues, ainsi qu’aux autres secteurs comme les hôpitaux (+4,5 %), les établissements médico-sociaux (EMS) (+4,6 %) et les services d’aide à domicile (+7,9 %), rapporte Blick.
Ce phénomène ne fait qu’accentuer la pression financière sur les ménages suisses, qui continuent d’assumer une grande partie du financement du système de santé, via les primes d’assurance maladie et les paiements directs. En 2023, plus de 60 % des coûts ont été couverts par les ménages, avec une augmentation de 4,7 % des dépenses des familles, contre seulement 1,9 % pour celles des pouvoirs publics.
Des disparités cantonales frappantes
Une caractéristique notable des coûts de la santé en Suisse est la grande disparité des dépenses entre les différents cantons. En 2023, c’est le canton de Bâle-Ville qui a enregistré les coûts les plus élevés, avec 13 632 francs par habitant, suivi du Tessin (12 648 francs) et du Jura (12 048 francs).
À l’autre extrême, Zoug a affiché des coûts bien plus bas, à 8 592 francs. Ces différences peuvent s’expliquer par des facteurs variés, tels que les différences dans l’organisation des soins, la structure des établissements de santé et la gestion des ressources.
Par ailleurs, certaines régions présentent des variations importantes dans la prise en charge des soins ambulatoires. À Genève, par exemple, ces soins représentaient 53,4 % des coûts de santé, alors qu’à Uri, cette part n’a atteint que 34,8 %.
Les coûts par habitant varient non seulement en fonction des régions mais aussi du type de soins offerts. À Genève, avec 11 520 francs par habitant, les dépenses sont élevées en raison de la densité de services médicaux et de l’importance des soins ambulatoires, contrairement à des cantons comme Zoug et Uri, où les coûts annuels s’élèvent respectivement à 8 592 et 8 688 francs
Cette disparité géographique témoigne d’un système de santé qui, bien qu’harmonisé à l’échelle nationale, laisse place à des différences dans l’accès aux soins et dans les coûts associés à leur fourniture, selon la localisation géographique. Ce phénomène soulève des questions sur l’équité d’accès aux soins et sur les stratégies à adopter pour réduire ces écarts, qui peuvent pénaliser certains citoyens en fonction de leur canton de résidence.
La baisse des investissements en prévention : un tournant inquiétant
Un autre aspect préoccupant est la réduction notable des dépenses consacrées à la prévention. En 2023, les investissements en prévention ont chuté de 53,5 % par rapport à l’année précédente, une tendance qui semble liée à l’impact du Covid-19, bien que la situation sanitaire se soit améliorée.
Ce déclin des investissements en prévention pourrait avoir des conséquences à long terme sur la santé publique, car la prévention est un élément clé pour réduire les maladies chroniques et les coûts futurs des soins, indique Watson.
À l’opposé, les coûts des services médicaux comme la radiologie et les analyses de laboratoire ont connu des augmentations substantielles de 7 % et 8,9 % respectivement, en raison de la hausse des prix des équipements et des traitements. Ces augmentations alimentent encore plus la hausse des coûts globaux du système, alors que les dépenses pour les soins de prévention, qui permettent de mieux anticiper les pathologies et d’en limiter l’ampleur, se réduisent de façon préoccupante.
Le financement de la santé : un modèle en crise ?
Le modèle actuel de financement de la santé en Suisse repose largement sur les ménages, qui doivent assumer une part de plus en plus importante des coûts. Si cette situation semble maintenir l’équilibre du système à court terme, elle n’est pas sans conséquences pour les citoyens, en particulier pour les plus vulnérables.
Le système est fortement influencé par la hausse continue des primes d’assurance maladie et des paiements directs, alors que les pouvoirs publics n’ont pas réussi à compenser cette tendance par une augmentation équivalente de leur contribution. L’augmentation de 4,7 % des dépenses des ménages, comparée à seulement 1,9 % pour celles des pouvoirs publics, montre clairement la tendance.








