Depuis plusieurs mois, des dizaines de milliers de retraités de la fonction publique sont confrontés à des erreurs de versement de leur pension. En cause, l’installation d’un nouveau logiciel de gestion des retraites par la Direction des finances publiques (DGFiP), censé moderniser le système, mais qui a provoqué une vague de dysfonctionnements.
Selon les chiffres communiqués, entre 25 000 et 30 000 dossiers sont aujourd’hui en retard de traitement, un volume inédit pour un régime censé garantir la continuité des versements. La plateforme nationale de la DGFiP à Laval, chargée d’absorber les demandes, a vu le nombre d’appels tripler, preuve de l’inquiétude généralisée parmi les pensionnés. Ce retard massif est directement lié à la bascule logicielle opérée en avril, qui a concerné 2,5 millions de retraités du régime de l’État, jusque-là gérés par un ancien système d’information.
Des retraites non versées ou partiellement réglées
Sur le terrain, les conséquences sont concrètes. Près de 800 ex-fonctionnaires n’ont pas perçu leur pension en avril, selon une enquête d’Ouest-France. Certains n’ont rien reçu, d’autres ont vu leur montant sous-évalué. Robert Lapeyre, 64 ans, habitant des Hautes-Pyrénées, explique n’avoir reçu aucun versement après sa première pension en mars. D’autres témoignages évoquent des pensions amputées, parfois de plusieurs centaines d’euros, souvent en raison d’erreurs dans le calcul du taux de CSG, une contribution pourtant automatisée.
Face à la pression croissante, les autorités reconnaissent les difficultés, tout en appelant à la patience. Renaud Villard, directeur général de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV), a promis que les dossiers seraient « traités un par un », avec un objectif de réduction à 19 000 dossiers en attente d’ici 2027. Une perspective à long terme qui laisse présager plusieurs années de traitement partiel, alors même que certains retraités se retrouvent sans ressources stables.
Une digitalisation précipitée aux conséquences lourdes
Le logiciel mis en cause a été développé en partenariat avec la Caisse des dépôts, qui gère les retraites de la fonction publique hospitalière et territoriale. Bien qu’efficace sur ces régimes, son déploiement à l’échelle de l’État s’est révélé plus complexe. L’écart entre les objectifs annoncés et la réalité du terrain illustre une transition numérique mal maîtrisée, où les enjeux techniques ont été sous-estimés.
Au final, cette situation met en lumière les risques d’un changement technologique à grande échelle, mené sans concertation suffisante avec les agents et les bénéficiaires. Alors que les réformes des retraites alimentent déjà le malaise, ces bugs de calcul aggravent la défiance envers l’administration. Pour des milliers de retraités, c’est la stabilité financière qui est compromise, dans un contexte déjà marqué par l’inflation et la précarité grandissante.








