Face à une criminalité organisée toujours plus complexe, la France frappe les criminels là où ça fait mal : leur argent. Pour cela, les Groupes interministériels de recherche (GIR), composés de policiers, gendarmes et agents des impôts ou des douanes, jouent un rôle discret mais essentiel. Ces équipes, présentes partout en France, traquent les flux d’argent suspects et saisissent les biens liés à des activités illégales.
Créés en 2002 et constitués aujourd’hui d’environ 440 personnels issus de divers services publics, les GIR sont conçus pour être efficaces sur le plan judiciaire, fiscal, douanier et administratif, grâce à leur action coordonnée sur les revenus et patrimoines des délinquants. Cette approche permet de « faire en sorte que le crime ne paie pas », selon leur devise institutionnelle. Comme l’explique 20 Minutes, leur compétence couvre aussi bien les fraudes fiscales que le financement de réseaux criminels, y compris la recherche et le gel de flux financiers illicites, ainsi que la saisie de biens mobiliers ou immobiliers.
Ce type de lutte gagne en importance alors que la France intensifie ses saisies d’avoirs criminels. En 2025, plus de 1,44 milliard d’euros d’avoirs criminels ont été saisis par l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC), un établissement public chargé de gérer ces biens et de redistribuer les sommes issues des ventes ou des confiscations effectuées sur décision de justice. Ce montant représente une augmentation notable par rapport à l’année précédente, soulignant l’élargissement des moyens mis en œuvre pour lutter contre les réseaux criminels.
Blanchiment, narcotrafic et économie souterraine : une bataille sur plusieurs fronts pour les GIR
La lutte contre le blanchiment d’argent s’inscrit dans un cadre plus large que la seule action des GIR. Elle s’articule avec les efforts de l’Office français anti‑stupéfiants (OFAST) et d’autres services spécialisés de sécurité intérieure qui ciblent tant l’importation et la distribution de stupéfiants que les structures financières qui permettent à ces réseaux de prospérer. Selon des rapports officiels, la valeur économique du marché illicite des drogues a atteint plusieurs milliards d’euros, la cocaïne ayant même dépassé le cannabis pour devenir la première drogue en valeur sur ce marché en 2023.
Cette ampleur explique pourquoi l’État ne se contente plus de simples saisies ponctuelles. Les GIR, Tracfin (le service de renseignement financier chargé de repérer les circuits financiers clandestins) et l’AGRASC travaillent en synergie pour identifier les flux suspects, les geler, puis gérer les biens saisis à des fins de confiscation effective ou de redistribution. Tracfin, par exemple, collecte et analyse des renseignements sur les circuits financiers clandestins, ce qui permet souvent de remonter jusqu’aux sources des fonds illégaux.
Plusieurs affaires récentes illustrent l’efficacité de cette stratégie. Des réseaux de blanchiment d’argent liés à des trafics internationaux ont été démantelés, avec des biens de luxe et des avoirs importants saisis pour plusieurs millions d’euros. Ces opérations impliquent souvent des coopérations internationales avec des polices étrangères, compte tenu de la dimension transnationale des organisations criminelles modernes.
Cependant, malgré ces succès et l’augmentation des sommes saisies, certains experts estiment que ces efforts restent en deçà de l’ampleur réelle des flux illégaux. La complexification des techniques de blanchiment, associée à une utilisation croissante de technologies financières moins régulées, nécessite une adaptation permanente des outils d’enquête et de gestion des avoirs








