L’ouvrage met en lumière l’ampleur des aides accordées chaque année par l’État français aux entreprises. Selon leurs calculs, ce soutien atteindrait près de 270 milliards d’euros, un montant jamais révélé jusqu’ici et bien supérieur aux estimations précédentes.
L’enquête souligne que la crise sanitaire a servi de catalyseur. Face au Covid-19, la Banque centrale européenne et le gouvernement français ont débloqué des sommes colossales. Les entreprises ont bénéficié de prêts garantis par l’État, de subventions et du chômage partiel. Résultat : pendant que des salariés étaient mis en inactivité, certaines sociétés ont continué à distribuer des dividendes. Selon les auteurs, quatorze entreprises du CAC 40 auraient agi ainsi.
Cette politique a largement contribué à l’enrichissement des plus grandes fortunes. Entre 2020 et 2021, le patrimoine des milliardaires français aurait bondi de 86 %, comme le rapporte France Info.
270 milliards d’euros par an aux entreprises
Jusqu’ici, l’État n’avait jamais donné de chiffre global sur ces aides, justifiant la difficulté à additionner des dispositifs très variés. Les deux journalistes ont donc compilé exonérations, abattements et primes diverses. Leur résultat dépasse de loin l’évaluation du Sénat, qui parlait déjà de 211 milliards pour 2023. À titre de comparaison, les dépenses de santé de la France représentaient environ 249 milliards la même année.
Ils décrivent une explosion des montants depuis les années 1990, où ces aides tournaient autour de 30 milliards. Selon eux, l’État est devenu un « guichet automatique » sans évaluation sérieuse de l’efficacité de ces soutiens.
Le livre évoque aussi la gestion du déficit public. Une lettre de Bruno Le Maire, alors ministre de l’Économie, adressée à Emmanuel Macron en 2024, alertait sur une dégradation « explosive » de la dette. Le gouvernement aurait présenté des prévisions budgétaires « irréalistes », suscitant des critiques jusque dans les rangs des hauts fonctionnaires de Bercy.
Une fiscalité qui avantage les plus riches
Autre constat marquant : les exonérations patronales ont été considérablement réduites, passant de 45 % du salaire brut au Smic en 1993 à seulement 6,9 % en 2024. En parallèle, la contribution fiscale des ménages a doublé en trente ans, alors que l’impôt sur les sociétés a reculé pour ne plus représenter que 5 % des recettes publiques.
Enfin, l’enquête insiste sur la banalisation de l’optimisation fiscale. Holdings, délocalisations et niches fiscales permettraient aux familles les plus fortunées d’échapper en partie à l’impôt, pour un manque à gagner évalué à plus de 40 milliards d’euros en 2021.








