Après plusieurs années marquées par un creusement du déficit commercial, la France semble amorcer une légère reprise. Toutefois, cette réduction est davantage liée à une baisse des importations qu’à une réelle dynamique des exportations. Quelles sont les raisons de cette évolution et que faut-il en retenir pour l’avenir ?
Selon les données des douanes françaises, le déficit commercial a reculé en 2024 pour s’établir à 81 milliards d’euros, contre 99,6 milliards en 2023. Ce redressement s’explique principalement par une diminution des importations de 4,5 %, après deux années de hausse exceptionnelle liée aux crises énergétiques et à la flambée des matières premières.
La facture énergétique, qui avait explosé après le conflit en Ukraine et la montée des prix du gaz et du pétrole, a connu une accalmie en 2024, permettant à la France de réduire ses dépenses d’importation. Par ailleurs, la baisse de la demande intérieure et la prudence des entreprises en matière d’investissements ont aussi limité le recours aux importations de biens manufacturés et de machines industrielles.
Des exportations en repli après trois années de hausse
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette réduction du déficit ne s’explique pas par une augmentation des exportations. Au contraire, celles-ci ont reculé de 1,6 % pour s’établir à 598,3 milliards d’euros. Ce repli touche plusieurs secteurs clés, notamment l’automobile, les hydrocarbures et l’électronique, qui subissent une concurrence accrue et une baisse des prix.
Toutefois, certains domaines continuent de tirer leur épingle du jeu. L’aéronautique, les parfums et cosmétiques, ainsi que l’industrie agroalimentaire affichent une progression, compensant en partie la baisse des autres secteurs. Le tourisme, dopé par les Jeux Olympiques de Paris 2024, a également permis d’améliorer le solde commercial des services.
Un effet en trompe-l’œil sur la compétitivité française
Si cette baisse du déficit peut sembler encourageante, elle ne traduit pas une amélioration structurelle de l’économie française. En réalité, elle reflète surtout une réduction des échanges commerciaux, synonyme d’une moindre activité économique. Comme le souligne Olivier Redoulès, économiste chez Rexecode, cette situation est caractéristique d’une rétractation des échanges, où la baisse des importations n’est pas compensée par une dynamique exportatrice.
De plus, le déficit reste bien supérieur aux niveaux d’avant la crise sanitaire. En 2019, avant la pandémie, il s’élevait à 58,6 milliards d’euros, soit bien en deçà du niveau actuel. La compétitivité des entreprises françaises demeure un défi, avec des coûts de production élevés et une dépendance persistante aux importations dans certains secteurs stratégiques.
Quels leviers pour réduire davantage le déficit commercial ?
Pour réellement améliorer la balance commerciale, la France doit renforcer sa compétitivité industrielle. Les initiatives comme le plan France 2030, doté de 50 milliards d’euros sur cinq ans, visent à stimuler l’innovation et la production locale. Des efforts sont également faits pour attirer des investisseurs étrangers, notamment à travers le sommet Choose France, qui met en avant les atouts économiques du pays.
Cependant, la réindustrialisation reste un défi complexe, notamment face à la concurrence asiatique et aux tensions commerciales internationales. Une politique plus offensive sur les secteurs stratégiques et une montée en gamme des produits français pourraient être des solutions pour inverser durablement la tendance.
Si la baisse du déficit commercial en 2024 constitue une bonne nouvelle sur le papier, elle masque une fragilité persistante du tissu économique français. Seule une relance des exportations et une consolidation de l’industrie nationale permettront d’assurer une amélioration durable de la balance commerciale.