« S’ils ne travaillent pas à 30 % avec des prothèses chinoises, ils sont sanctionnés » : des dentistes mis à pied à Nantes, 250 rendez-vous annulés

Un conflit qui a conduit à la mise à pied de dentistes et à de fortes perturbations dans la prise en charge des patients.

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Dentistes
« S'ils ne travaillent pas à 30 % avec des prothèses chinoises, ils sont sanctionnés » : cinq dentistes mis à pied à Nantes, 250 rendez-vous annulés - Crédit : Canva | Econostrum.info

Dans un cabinet dentaire nantais du réseau VYV3 Pays de la Loire, un conflit interne lié à la gestion des prothèses dentaires a provoqué des mises à pied de praticiens et une forte désorganisation de l’activité, entraînant l’annulation de nombreux rendez-vous et des difficultés d’accès aux soins pour les patients.

Le point de départ du conflit repose sur une directive interne imposant aux praticiens de recourir à une part minimale de prothèses dentaires fabriquées à l’étranger, notamment en Chine, rapporte 20 Minutes. L’objectif affiché serait économique, mais cette consigne a été refusée par plusieurs dentistes du cabinet, qui estiment ne pas pouvoir l’appliquer sans compromettre leur liberté de prescription et leur pratique médicale.

Tous ont été avertis au mois d’octobre : « S’ils ne répondent pas à l’obligation de travailler à 30 % avec des fournisseurs de prothèses dentaires étrangers, ils sont sanctionnés », a affirmé Anthony Kerdreux, délégué syndical France Ouvrière de VYV3 Pays de la Loire à 20 Minutes. Cette consigne, vécue comme une contrainte directe, a conduit à des sanctions disciplinaires. Cinq dentistes ont été mis à pied sur les deux dernières semaines pour ne pas avoir respecté cette orientation.

Les conséquences sont immédiates sur le fonctionnement du cabinet. La réduction du nombre de praticiens disponibles entraîne une forte tension organisationnelle et une dégradation de l’accès aux soins. Une employée du cabinet témoigne anonymement : « Prendre un rendez-vous cette semaine c’est compliqué », voire impossible, « nous avons deux dentistes sur sept », rapporte la même source. Dans la foulée, environ 250 rendez-vous auraient été annulés, accentuant la pression sur les équipes restantes et sur les patients.

Les praticiens concernés évoquent un malaise professionnel grandissant. Ils disent subir une pression constante liée à des objectifs de production et à des orientations économiques qui s’imposeraient à leur pratique quotidienne.

Un modèle économique contesté et des patients au centre des tensions

Au-delà du conflit interne, la situation soulève une question plus large sur le modèle économique des soins dentaires mutualistes. Le groupe VYV3 Pays de la Loire défend sa stratégie en expliquant avoir diversifié ses sources d’approvisionnement pour contenir les coûts. L’objectif serait de maintenir une offre de soins accessible tout en assurant la viabilité financière du réseau.

Dans ses éléments de réponse, la structure indique qu’en 2025 « 70 % des achats de prothèses (en valeur) provenaient de France », tout en précisant avoir intégré des laboratoires étrangers dès 2024. Elle justifie cette évolution par la nécessité de garantir « un modèle économique soutenable, indispensable au maintien d’une offre de soins de proximité, accessible et de qualité ».

Sur le terrain, cependant, les chirurgiens-dentistes dénoncent une logique qu’ils jugent incompatible avec leur indépendance professionnelle. Ils estiment que la mise en concurrence des prothèses étrangères et françaises, sans différence de prix pour le patient, entraîne un déséquilibre dans les choix thérapeutiques. Selon eux, les patients se tournent majoritairement vers les produits français dès lors que le coût reste identique.

Le débat dépasse la seule organisation interne. Certains praticiens alertent sur les conséquences à long terme pour la filière française de prothèse dentaire, déjà fragilisée par la concurrence internationale. D’autres évoquent la perte de savoir-faire et la remise en cause du lien direct entre dentiste et prothésiste, considéré comme essentiel pour la qualité du suivi.

Face à la montée des tensions, les professionnels ont tenté d’alerter les autorités sanitaires. Mais l’Agence régionale de santé a indiqué ne pas être en mesure de régler ce type de litige. Dans ce vide institutionnel, les dentistes évoquent désormais une « souffrance morale et psychologique », tandis que la continuité des soins reste fragilisée.

Pour les patients, la situation se traduit concrètement par des délais allongés, des rendez-vous annulés et une prise en charge dégradée. Ce conflit, né d’un désaccord sur la gestion des coûts, met finalement en lumière une tension plus profonde entre impératifs économiques et exigences de soins, dans un secteur déjà sous pression.

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