La nouvelle taxe douanière de 15 % sur tous les produits exportés de l’Union européenne vers les États-Unis, scellée entre Ursula von der Leyen et Donald Trump, marque un tournant majeur pour le commerce international. Cette mesure met fin à plusieurs mois d’incertitude et instaure enfin un cadre stable pour les entreprises.
Mais derrière cette clarification se cache une réalité difficile pour de nombreux exportateurs belges, confrontés à un risque de baisse de compétitivité. Entre négociations avec leurs clients, adaptations logistiques et réflexion sur la délocalisation, les entreprises belges doivent désormais agir vite pour préserver leurs parts de marché outre-Atlantique.
Un choc maîtrisé pour certaines entreprises grâce à l’anticipation
Pour des sociétés comme PMSweet, spécialisée dans la production de macarons à Liège, l’accord apporte surtout de la visibilité. Son directeur général, Michael Labro, souligne que « ce cadre nous permet enfin de négocier avec nos clients américains après une période où tout était gelé », relate RTBF. Avec près d’un million de macarons produits par jour, dont 40 % sont destinés au marché américain, PMSweet reste vigilante, mais confiante grâce à son agilité opérationnelle et son expérience des crises passées.
Chez EVS, acteur majeur des serveurs vidéo professionnels, la taxe n’est pas une surprise. L’entreprise a anticipé ce changement en créant une entité d’importation aux États-Unis afin de gérer directement les démarches administratives pour ses clients. Nicolas Bourdon, directeur marketing, explique que la société a également ajusté ses prix de 5 à 7 % sur le marché américain afin de limiter l’impact financier de la taxe. Bien que le choc reste important – avec près de 35 à 40 % de son chiffre d’affaires réalisé en Amérique du Nord – cette préparation permet à EVS d’absorber en partie la hausse des coûts.
Cette anticipation illustre une tendance plus large : les entreprises qui avaient identifié ce risque de longue date ont pu s’organiser, contrairement à celles qui subissent aujourd’hui de plein fouet les effets de la mesure.
Des secteurs entiers fragilisés et des risques de délocalisation
Si certaines entreprises ont su réagir rapidement, d’autres se retrouvent dans une situation plus délicate, notamment dans l’industrie alimentaire. La Fevia, fédération de l’industrie alimentaire belge, rappelle que même si seulement 2,5 % des exportations de ce secteur sont destinées aux États-Unis, cela représente tout de même un chiffre d’affaires d’un milliard d’euros. Les segments les plus exposés sont la transformation de la pomme de terre, le chocolat et la pâtisserie. Selon Florence Maniquet, porte-parole de la Fevia, « tout le travail de négociation va commencer : il faut déterminer qui, de l’exportateur, de l’importateur ou du consommateur américain, assumera réellement cette taxe».
Cette incertitude pourrait inciter certaines entreprises à envisager une implantation partielle aux États-Unis. EVS étudie déjà la possibilité d’ouvrir une ligne d’assemblage sur place pour ses produits hardware. Cette stratégie répond directement à l’objectif du président Trump : pousser les entreprises étrangères à produire sur le sol américain. Mais ce choix reste complexe. Comme le rappelle Gonzague Vannoorenberghe, professeur d’économie à l’UCLouvain, « la délocalisation est coûteuse et risquée, surtout dans un contexte où la politique commerciale américaine change fréquemment ». Seules les grandes entreprises disposant de ressources financières conséquentes pourraient se lancer dans de tels investissements.
Entre ajustements tarifaires, recherche de solutions logistiques et pressions politiques, les prochains mois seront déterminants pour savoir si les entreprises belges parviendront à préserver leur place sur le marché américain sans compromettre leur compétitivité en Europe.








