Le phénomène prend de l’ampleur depuis une quinzaine d’années : de plus en plus de retraités belges quittent le Royaume pour s’installer à l’étranger. Ce choix de vie est motivé à la fois par des considérations économiques, climatiques et sociales.
En 2025, ils sont près de 226.000 à avoir franchi le pas, dont 75.000 Belges de naissance, selon les chiffres du SPF Pensions. Cette mobilité internationale des seniors entraîne des conséquences économiques tangibles, tant pour la Belgique que pour les pays d’accueil.
Retraite au soleil : une dynamique portée par les écarts de coût de la vie
Le départ des retraités belges à l’étranger est en grande partie motivé par la recherche d’un cadre de vie plus agréable à un prix plus abordable. Ainsi, le Maroc enregistre une croissance de +100 % du nombre de résidents belges retraités par rapport à 2014, attirés par un coût de la vie 53 % inférieur à celui de la Belgique, selon le site L’Avenir. Des villes comme Essaouira séduisent grâce à leur climat sec, leur accessibilité aérienne et la possibilité de louer une villa avec piscine pour un millier d’euros par mois, soit l’équivalent d’un loyer moyen dans le Namurois.
Mais ce n’est pas un cas isolé. La Thaïlande enregistre +130 % de retraités belges en dix ans, la Turquie +185 %, l’Espagne +120 % et l’île Maurice, récemment entrée dans le radar des seniors, a vu doubler son nombre de retraités belges en quelques années. Ces destinations partagent un point commun : elles bénéficient du « silver business », cette économie émergente liée aux besoins spécifiques des populations vieillissantes. Comme l’explique Julien Faliu, CEO d’Expat.com, « ces pays investissent massivement dans les services à la personne, les infrastructures médicales ou encore les services de conciergerie et d’hôtellerie adaptée ».
L’exemple mauricien est particulièrement révélateur. Le pays a su adapter son offre : services de santé privés performants, dispositifs d’accueil tout compris pour les seniors, et fiscalité modérée. À Essaouira, l’initiative « Expat Essaouira » propose des villas avec pension complète, soins esthétiques, entretien et jardinage inclus, pour un tarif allant de 700 à 1.700 euros par mois. Ces offres séduisent les retraités qui veulent concilier qualité de vie, services personnalisés et climat agréable.
Derrière cette tendance, un effet domino économique se dessine. « Cela va booster les économies du pays hôte – distribution, jardinage, construction… et en retour, les retraités vivent mieux, et pour un peu moins cher », souligne Faliu. Ce transfert de consommation vers l’étranger soulève toutefois la question de l’impact à long terme pour les régions rurales belges, notamment en Wallonie, où ces départs massifs peuvent affaiblir la demande locale et réduire les recettes fiscales.
Fiscalité, santé, intégration : les nouveaux critères de sélection des pays d’accueil
En tête du classement des destinations les plus prisées, la France reste incontournable. Environ 27.000 retraités belges y vivent actuellement, attirés par la proximité, les similitudes culturelles et une fiscalité plus clémente. Nombreux sont ceux qui s’installent juste au-delà de la frontière afin de réduire leur imposition tout en conservant un accès facile à la Belgique pour leur vie sociale. Viennent ensuite l’Espagne, les Pays-Bas, le Luxembourg, le Portugal et l’Italie. Hors Union européenne, la Suisse, la Turquie, le Canada, les États-Unis et la Thaïlande complètent le classement.
L’un des facteurs majeurs d’attractivité fut longtemps la fiscalité. Le Portugal en est l’exemple emblématique. Avec son régime du Résident Non Habituel (RNH), les retraités étrangers pouvaient bénéficier d’une exonération fiscale sur leurs pensions pendant dix ans. Résultat : +348 % de retraités belges depuis 2014. Mais l’engouement a été freiné par la suppression du régime RNH pour les nouveaux entrants en 2024, après des tensions sociales internes liées aux avantages fiscaux accordés aux étrangers face aux résidents portugais.
Cette évolution met en lumière un constat récurrent souligné par Diego Angelini, conseiller à l’Union Francophone des Belges à l’Étranger (UFBE) : « Ceux qui s’expatrient uniquement pour des raisons fiscales sont souvent les premiers à revenir. Une retraite à l’étranger ne s’improvise pas. Ce n’est pas des vacances ». L’UFBE recommande une préparation de six mois minimum, incluant un séjour de reconnaissance hors saison pour tester la vie locale.
Le facteur linguistique, souvent sous-estimé, s’avère crucial. L’intégration est plus difficile dans des régions peu touristiques où les langues étrangères sont peu parlées. C’est notamment l’un des motifs de retour anticipé des retraités installés au Portugal, selon l’UFBE. À l’inverse, des pays comme le Maroc ou la Tunisie, où le français reste langue véhiculaire, facilitent la transition culturelle.
Enfin, les barrières administratives peuvent aussi freiner certains départs. Le Canada, autrefois populaire, a connu une baisse de 18 % du nombre de retraités belges en raison du durcissement de ses politiques migratoires. Le pays souhaite désormais privilégier les actifs, au détriment des pensionnés.








