Réforme des pensions : ces nouvelles conditions qui pourraient pénaliser de nombreuses femmes

La réforme des pensions pourrait affecter davantage les femmes, en raison de carrières plus souvent marquées par le temps partiel et les interruptions.

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Pensions
Réforme des pensions : ces nouvelles conditions qui pourraient pénaliser de nombreuses femmes. Crédit : Canva | Econostrum.info - Belgique

La réforme des pensions relance le débat sur les inégalités entre hommes et femmes. Derrière les nouvelles règles envisagées, certains experts et syndicats alertent sur des conséquences potentiellement plus lourdes pour les travailleuses. Plusieurs mécanismes du système pourraient en effet accentuer des écarts déjà existants. Une situation qui met en lumière les différences de carrière entre les sexes.

En Belgique, les pensions versées aux femmes restent en moyenne plus faibles que celles des hommes. Selon les données rapportées par la RTBF, la pension légale moyenne des femmes est inférieure de 387 euros par mois à celle des hommes. Cet écart s’explique par plusieurs facteurs liés aux parcours professionnels. Les femmes sont davantage concernées par les interruptions de carrière, notamment pour s’occuper des enfants ou de proches dépendants.

Elles sont également plus nombreuses à travailler à temps partiel, ce qui réduit mécaniquement les droits accumulés pour la pension. Ces différences de trajectoire professionnelle ont un impact direct sur le montant final de la pension. La réforme actuellement discutée pourrait accentuer cet effet selon certains observateurs.

Des conditions plus strictes pour éviter un malus introduit par la réforme des pensions

La réforme prévoit notamment l’introduction d’un système de bonus et de malus en fonction de la durée et de l’intensité de la carrière. Pour éviter un malus, il faudra notamment avoir accumulé 7 020 jours de travail sur l’ensemble de sa carrière. Ce critère pose question pour les travailleurs ayant exercé une activité à temps partiel pendant de longues périodes.

Par exemple, 35 années de travail à mi-temps ne permettent d’atteindre que 5 460 jours de travail, soit bien en dessous du seuil requis. Même une carrière de 44 ans à mi-temps n’atteindrait que 6 864 jours, ce qui resterait insuffisant. Pour atteindre ce seuil, il faudrait donc avoir travaillé plus qu’à mi-temps durant une partie de sa carrière ou compléter certaines périodes par des activités assimilées, comme le service militaire, le chômage temporaire ou certains congés liés aux soins.

Selon plusieurs analyses, ces conditions risquent d’affecter davantage les femmes, qui sont plus nombreuses à exercer un emploi à temps partiel ou à interrompre leur activité professionnelle.

Le poids du travail à temps partiel

Le travail à temps partiel constitue l’un des facteurs principaux expliquant l’écart de pension entre les sexes. Dans de nombreux cas, les femmes réduisent leur activité professionnelle pour s’occuper des enfants ou de membres de leur famille. Même si les hommes sont de plus en plus nombreux à prendre des congés parentaux ou à travailler à temps partiel, ces pratiques restent plus fréquentes chez les femmes.

Selon certains experts, ces différences reflètent aussi des facteurs culturels et sociaux. Les responsabilités familiales continuent de peser davantage sur les carrières féminines.

Un débat sur les politiques d’accompagnement

Face à ces constats, certains syndicats estiment que la réforme des pensions ne peut pas être analysée indépendamment des conditions de travail et des politiques familiales. Ils plaident notamment pour une augmentation du nombre de places en crèche, ainsi que pour un renforcement des dispositifs permettant de mieux répartir les responsabilités parentales entre les deux parents.

Pour ces organisations, agir uniquement sur les règles de calcul des pensions sans traiter les causes structurelles du temps partiel ou des interruptions de carrière risque d’accentuer les inégalités existantes. De son côté, le cabinet du ministre des Pensions Jan Jambon défend une vision différente. Selon lui, la réforme vise à encourager une participation plus importante au marché du travail, afin que davantage de travailleurs puissent accumuler des droits sociaux tout au long de leur carrière.

Le gouvernement estime que cette évolution pourrait contribuer, à terme, à réduire les écarts entre les pensions des hommes et des femmes. Néanmoins, pour de nombreux observateurs, les effets réels de la réforme dépendront largement de l’évolution des conditions de travail et des politiques sociales dans les années à venir.

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