Charleroi, Liège, Bruxelles : les villes où la réforme du chômage fera le plus mal

Charleroi, Bruxelles et Liège seront au cœur des effets de la réforme du chômage, cumulant précarité, chômage structurel et exclusions administratives.

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Réforme chomage
Réforme du chômage : Charleroi, Bruxelles et Liège en première ligne face à la perte des allocations : Crédit : Belga | Econostrum.info - Belgique

La réforme du chômage engagée par le gouvernement fédéral belge se précise et révèle déjà son impact territorial. Le texte adopté en première lecture par la commission des Affaires sociales prévoit la suppression progressive des allocations pour les chômeurs de longue durée. 

Derrière les chiffres globaux, certaines villes apparaissent nettement plus exposées que d’autres. Parmi elles, Charleroi, Bruxelles et Liège concentrent une part importante des exclus à venir. Cette réforme, encore en débat au sein du gouvernement, met ainsi en évidence une fracture sociale et géographique préoccupante.

Charleroi, épicentre de la réforme

Parmi l’ensemble des communes concernées, Charleroi se distingue par le nombre de personnes qui perdront leur droit aux allocations dès le 1er janvier 2026 : 1 602 chômeurs de longue durée y seront directement exclus du système. Cette ville figure en tête du classement national pour cette première vague d’application. Elle devance Anvers (10 123 exclus au total), la Ville de Bruxelles (7 825) et Liège (7 791), mais reste celle où le nombre d’exclusions immédiates est le plus important, souligne Sudinfo.

Cette situation s’explique par la structure du marché de l’emploi local. À Charleroi, le taux de chômage reste supérieur à la moyenne nationale, avec une population fortement représentée dans les catégories peu qualifiées et âgées de plus de 55 ans. Ces deux profils sont particulièrement visés par la réforme. En effet, la tranche d’âge des plus de 55 ans représente déjà 34 689 personnes concernées à l’échelle nationale, et beaucoup résident dans les anciens bassins industriels wallons.

La réforme impose désormais une limite de deux ans aux allocations, sauf exceptions, et rend l’accès à un emploi dit « convenable » obligatoire sous peine de sanction. Cette pression accrue risque de frapper de plein fouet les habitants de Charleroi, où les offres d’emploi correspondant à ces critères sont rares. Le risque d’un basculement massif vers les aides du CPAS a été souligné par plusieurs élus locaux.

Bruxelles et Liège : les défis d’un chômage urbain massif

La situation est également préoccupante à Bruxelles et Liège, deux autres grandes villes où le nombre de demandeurs d’emploi menacés d’exclusion est particulièrement élevé. La réforme prévoit que 7 825 personnes perdront leurs droits dans la Ville de Bruxelles, tandis qu’à Liège, ce sont 7 791 personnes qui seront concernées.

À Bruxelles, la diversité des profils et la fragmentation institutionnelle rendent la situation plus complexe. La capitale concentre 22,1 % des personnes visées par la réforme, soit 40 775 individus. La Commission communautaire commune de la Région bruxelloise (Cocom) a d’ailleurs enclenché une procédure en conflit d’intérêts pour alerter sur les effets disproportionnés de cette mesure dans la région. Ce blocage ralentit l’adoption définitive du texte, qui reste suspendue à un arrêté royal et à la conclusion de débats internes, notamment sur la taxe sur les plus-values.

À Liège, la réforme agira sur un tissu social déjà fragilisé. Comme à Charleroi, la ville compte une importante population faiblement scolarisée et confrontée à un marché de l’emploi tendu. Nationalement, 47,6 % des personnes concernées par la réforme sont peu scolarisées, soit 87 820 individus. Cette caractéristique pèse lourd dans les grandes agglomérations wallonnes, où la reconversion professionnelle reste difficile sans accompagnement ciblé.

L’introduction du « droit au rebond », permettant à certains bénéficiaires de quitter volontairement un emploi avec maintien temporaire des allocations, ou encore la réforme de la notion d’emploi convenable, ne semblent pas en mesure de compenser les effets de la mesure principale. Si le ministre de l’Emploi promet des compensations financières pour les CPAS, aucun montant précis n’a été avancé, ce qui alimente l’inquiétude des autorités locales.

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