Pouvoir d’achat : les Belges loin derrière Français, Allemands et Néerlandais

Le pouvoir d’achat en Belgique stagne, malgré des salaires élevés, révélant un décalage durable avec la progression observée chez les voisins européens.

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Pouvoir d'achat
Le pouvoir d'achat des ménages devrait croître de 1,1% par an jusqu'en 2031. Crédit : Shutterstock | Econostrum.info - Belgique

Depuis 1999, année de lancement de l’euro, le pouvoir d’achat des ménages belges a progressé nettement moins vite que celui des populations des pays voisins. Une étude menée par l’économiste Eric Dor (IESEG School of Management) met en lumière des écarts persistants, alimentés par des dynamiques économiques spécifiques à la Belgique.

Sur la période 1999-2024, le revenu disponible brut réel par habitant a augmenté de 21,5 % en Belgique. Cette évolution est inférieure à celle constatée dans d’autres pays européens comparables. Le Luxembourg enregistre une progression de 40,3 %, la France de 33,8 %, les Pays-Bas de 32,7 % et l’Allemagne de 28,9 %.

À l’échelle européenne, seuls trois pays affichent une hausse plus faible que celle observée en Belgique : l’Italie, la Grèce et l’Autriche. Cette croissance modérée est liée principalement à une évolution plus lente des revenus primaires, c’est-à-dire des revenus perçus avant redistribution par les systèmes d’impôts et de sécurité sociale.

Un pouvoir d’achat affaibli par la stagnation des salaires

L’un des principaux facteurs explicatifs réside dans la faible augmentation du salaire horaire brut réel moyen. En Belgique, celui-ci a crû de 8,1 % entre 1999 et 2024, alors que la France a connu une hausse de 22,9 %, l’Allemagne de 22 %, le Luxembourg de 16,7 % et les Pays-Bas de 11,9 % sur la même période. Cette modération salariale découle de politiques orientées vers la compétitivité, visant à limiter les coûts du travail.

Malgré cela, le salaire horaire brut nominal moyen en Belgique, charges patronales comprises, reste plus élevé en 2024 que celui estimé dans les autres pays européens, souligne l’étude de l’IESEG.

Recul du revenu des indépendants et des revenus du capital

Les travailleurs indépendants ont vu leur revenu réel par habitant diminuer de 9,4 % en Belgique sur les 25 dernières années. Cette baisse intervient malgré une augmentation de la quantité d’heures travaillées. Les revenus de la propriété, qui incluent notamment les loyers, dividendes et intérêts, ont eux aussi baissé, de 15,7 % sur la période.

À titre de comparaison, ces revenus ont progressé de 59,9 % au Luxembourg, de 56,2 % en France, de 10,4 % en Allemagne et légèrement de 0,58 % aux Pays-Bas. Ces différences marquent un écart considérable dans les sources de revenus non salariaux.

Une fiscalité moins dynamique que dans les pays voisins

Les impôts réels payés par habitant en Belgique ont augmenté de 15,19 % entre 1999 et 2024. Cette hausse reste inférieure à celle observée dans les pays voisins. Au Luxembourg, elle atteint 128,4 %, aux Pays-Bas 104 %, en France 29,1 % et en Allemagne 26,8 %. Contrairement à une perception répandue, la pression fiscale n’est donc pas la principale responsable du retard belge en matière de pouvoir d’achat.

La Belgique affiche une croissance moins vigoureuse du pouvoir d’achat en raison d’un enchaînement de tendances structurelles : augmentation plus lente des heures de travail salarié, progression modérée du salaire horaire réel, baisse des revenus liés à l’indépendance et recul des rendements du capital.

Ce constat met en évidence une forme d’érosion silencieuse du pouvoir d’achat, dans un pays où le niveau de vie reste élevé mais dont la dynamique d’enrichissement est en retrait par rapport à celle de ses voisins. Cette tendance invite à réfléchir aux leviers économiques susceptibles de renforcer la progression des revenus dans les années à venir.

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