Pharmaciens et patients, un gros changement pour les médicaments attend les Belges

Quatorze organisations de santé demandent au gouvernement belge de refuser la suppression des notices papier des médicaments, craignant une exclusion numérique croissante des patients.

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Notice de médicament
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La notice papier pourrait bientôt ne plus accompagner les médicaments en Europe. Une réforme envisagée par la Commission européenne vise à lui substituer une version numérique. 

En Belgique, cette perspective suscite une opposition massive de la part de nombreuses organisations de santé et de défense des patients. Elles dénoncent une mesure risquée pour l’accessibilité et la sécurité des patients les plus fragiles.

Une initiative européenne qui suscite des résistances nationales

L’idée d’abandonner la version papier de la notice explicative des médicaments au profit d’un format numérique (appelé ePI) est actuellement étudiée par la Commission européenne. L’objectif affiché est d’harmoniser l’accès à l’information médicale à l’échelle de l’Union, tout en facilitant sa mise à jour et en réduisant l’usage du papier. Le recours à un QR code imprimé sur l’emballage permettrait de consulter les notices via smartphone ou tablette, sur des plateformes sécurisées.

Mais cette évolution soulève de fortes inquiétudes en Belgique. Quatorze organisations nationales représentant les consommateurs, les patients, les pharmaciens, les médecins généralistes, les personnes âgées et les mutualités expriment un rejet clair de cette proposition. Ces structures incluent notamment Testachats, l’APB, OPHACO, GBO, Solidaris, les Mutualités Chrétiennes, les Mutualités Libres, la LUSS, le VPP, UNIA, Okra, Enéo, le Gezinsbond et Kom op Tegen Kanker. Toutes estiment que la notice papier constitue un outil essentiel de santé publique, garantissant un accès immédiat et fiable à l’information sur les traitements.

Sudinfo a rapporté que celles-ci ont adressé une lettre officielle au ministre de la Santé publique Frank Vandenbroucke pour l’exhorter à s’opposer fermement à cette réforme à Bruxelles. Elles demandent que la Belgique défende le maintien obligatoire de la notice papier, au nom de la sécurité des patients et de l’inclusivité du système de santé.

Une exclusion numérique redoutée pour les publics vulnérables

Les arguments avancés contre la disparition du support papier sont centrés sur la question de l’accessibilité. Pour les signataires de la lettre, rendre l’information médicale exclusivement numérique ferait peser une contrainte technologique et sociale importante sur les usagers. Certaines catégories de la population sont directement menacées : personnes âgées, patients en situation de handicap, foyers à faible revenu, habitants de zones peu couvertes par le réseau mobile ou internet.

Selon une enquête menée par Testachats en 2022, seule une personne sur dix consulte les notices de médicaments en ligne. À l’inverse, 80 % des répondants déclarent préférer la version papier et souhaitent qu’elle soit conservée, même si une version numérique existe en parallèle. Ces chiffres témoignent d’un ancrage fort de la notice imprimée dans les habitudes de consommation médicale.

Les organisations estiment également que cette réforme transférerait des responsabilités logistiques et financières vers les patients et les professionnels de santé. L’impression des notices, l’utilisation d’encre, l’accès à internet ou encore la maîtrise des outils numériques deviendraient des charges supplémentaires, alors qu’elles sont aujourd’hui prises en charge par les laboratoires pharmaceutiques. Les pharmaciens pourraient aussi être contraints de pallier cette transition sans disposer des moyens adaptés.

Pour les défenseurs de la notice papier, la solution réside dans la coexistence des deux formats. Le numérique, s’il est bien encadré, peut compléter l’offre d’information médicale mais ne doit pas se substituer à un outil physique jugé fiable, immédiat et universel.

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