Pensions des indépendants : une revalorisation sans précédent, mais faut-il réviser les cotisations ?

La revalorisation des pensions des indépendants, bien qu’enrichissante pour ces derniers, crée une pression financière sur le système de pension belge qui pourrait se révéler difficile à gérer sans réajuster les cotisations sociales des indépendants.

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Pension des indépendants
Pensions des indépendants : une revalorisation sans précédent, mais faut-il réviser les cotisations ? : Créidt : Canva | Econostrum.info - Belgique

Depuis 2021, les indépendants belges bénéficient d’une réforme qui a considérablement revalorisé leurs pensions, les rapprochant ainsi de celles des salariés. Cette révision a notamment supprimé le « coefficient de correction », un mécanisme qui jusque-là permettait de calculer la pension des indépendants sur seulement 69 % de leurs revenus professionnels. 

Désormais, ce sont 100 % des revenus professionnels qui sont pris en compte, entraînant une hausse significative des pensions. Si cette mesure est favorable pour plus de 1.280.000 indépendants, elle soulève des questions cruciales sur la durabilité du système. En effet, les cotisations sociales des indépendants n’ont pas été ajustées en conséquence, ce qui met sous pression les finances publiques.

Une pension revalorisée mais sans augmentation des cotisations

La réforme des pensions des travailleurs indépendants en Belgique a marqué un tournant avec la suppression du coefficient de correction, une mesure qui a permis d’augmenter de manière substantielle les pensions légales des indépendants. Concrètement, cette réforme fait passer le calcul de la pension de 69 % à 100 % des revenus professionnels des indépendants, une décision qui a généré des bénéfices significatifs pour ces derniers. En moyenne, les indépendants qui avaient des revenus élevés dans le passé voient désormais leur pension augmenter de manière notable, ce qui rapproche leur situation de celle des travailleurs salariés.

Cependant, une ombre plane sur cette revalorisation : les cotisations sociales des indépendants n’ont pas été ajustées pour financer cette hausse des pensions. En Belgique, les indépendants paient des cotisations sociales bien moins élevées que les salariés. Alors que ces derniers versent environ 38 % de leur salaire brut à la sécurité sociale, les indépendants ne contribuent qu’à hauteur de 20,5 % sur leurs premiers 73.447,52 euros de revenus nets, et 14,6 % au-delà de cette somme, jusqu’à un plafond de 108.238,4 euros. Au-delà de ce seuil, aucune cotisation sociale n’est due. De plus, de nombreux indépendants choisissent de payer la cotisation minimale, qui s’élevait à 871,71 euros par trimestre au début de l’année 2025, d’après 7sur7.be.

Cette situation a soulevé des inquiétudes, notamment de la part de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui a averti que les indépendants ne cotisaient pas suffisamment pour financer leur pension de manière durable. La différence entre les cotisations perçues et les pensions versées est financée par le budget de l’État, ce qui met en lumière un déséquilibre qui pourrait devenir problématique à moyen ou long terme.

Des critiques grandissantes sur la pérennité du système

L’OCDE a répété dans son rapport biennal de 2024 que l’absence d’une augmentation des cotisations sociales des indépendants créait un risque financier pour le système de pensions belge. En effet, les pensions des indépendants augmentent, mais les rentrées fiscales liées aux cotisations sociales n’ont pas suivi. Cette situation entraîne une pression croissante sur les finances publiques, dans un contexte de vieillissement démographique où les dépenses sociales augmentent globalement.

Pour Wouter De Tavernier, expert en pensions à l’OCDE, il est essentiel de revoir cette question afin d’assurer la durabilité du financement des pensions. Selon lui, le gouvernement belge aurait dû saisir l’opportunité de réformer les cotisations sociales des indépendants pour rendre leur pension plus financée par les cotisations elles-mêmes. La situation actuelle, où les cotisations sociales des indépendants sont bien inférieures à celles des salariés, crée une inégalité de traitement et menace la pérennité du système dans son ensemble.

En Belgique, la réforme des pensions des indépendants a été pensée pour soutenir un groupe important de travailleurs qui, historiquement, ont bénéficié de conditions moins avantageuses que les salariés. Cependant, comme l’a souligné l’OCDE, ce groupe est particulièrement hétérogène : si certains indépendants, comme les professions libérales ou les cadres, peuvent se constituer une pension relativement élevée, d’autres, comme les travailleurs précaires ou immigrés, risquent de se retrouver avec des pensions insuffisantes à leur retraite. Cela met en lumière les défis associés à un système qui doit à la fois être équitable et financièrement viable.

La question de l’harmonisation des cotisations sociales des indépendants avec celles des salariés devient donc une priorité. Mais, pour l’instant, le gouvernement a choisi de ne pas intervenir, privilégiant une approche qui pourrait s’avérer risquée à long terme. L’OCDE, à travers ses experts, incite le gouvernement à se pencher sérieusement sur cette question afin d’éviter des déséquilibres financiers à l’avenir.

La situation actuelle soulève ainsi une interrogation fondamentale : comment financer durablement les pensions des indépendants sans alourdir la charge financière sur le système global de pension ? La réforme des pensions des indépendants, bien qu’avantageuse pour certains, pourrait nuire à l’équilibre financier du pays si des ajustements ne sont pas faits dans les années à venir.

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