L’État belge a déboursé 1,7 milliard d’euros en 2024 pour les pensions des retraités vivants à l’étranger. Un tiers de cette somme bénéficiant aux expatriés belges, un phénomène en forte hausse.
L’économiste Jean Hindriks pointe une inégalité fiscale entre ces retraités et ceux restés en Belgique. Cette situation soulève des questions sur l’équité du système de taxation des pensions.
Une hausse continue du nombre de retraités belges à l’étranger
Le nombre de Belges percevant leur pension à l’étranger ne cesse d’augmenter. En dix ans, il est passé de 41.599 à 67.748, soit une hausse de 62,9%. En 2023, cette progression s’est encore accélérée avec 3.248 retraités de plus qu’en 2022, selon les données du SFP Retraites. Plusieurs raisons expliquent cette tendance : un coût de la vie souvent plus bas, un climat plus favorable et une fiscalité jugée plus clémente dans certains pays.
Ces pensions sont versées aux expatriés en fonction des années travaillées en Belgique. Mais les règles fiscales varient d’un pays à l’autre, créant des écarts d’imposition importants. Certains retraités belges résidant hors de l’Union européenne peuvent ainsi bénéficier d’une imposition plus légère que ceux restés en Belgique, ce qui alimente le débat sur l’équité fiscale.
Un traitement fiscal jugé inégalitaire : des écarts parfois conséquents
Selon Jean Hindriks, professeur d’économie à l’UCLouvain, le système actuel crée une « injustice fiscale ». En Belgique, les pensions sont soumises à l’impôt, parfois lourdement. Mais lorsqu’un pensionné réside à l’étranger, il peut être soumis à une fiscalité différente, voire plus avantageuse.
Ce déséquilibre s’explique notamment par les conventions fiscales bilatérales conclues entre la Belgique et plusieurs pays. Ces accords déterminent où et comment les pensions sont imposées. Certains États taxent moins les revenus des retraités étrangers, ce qui peut inciter au départ. De plus, certains expatriés ne payaient pas les mêmes cotisations sociales que ceux restés en Belgique, tout en recevant les mêmes prestations.
Les disparités peuvent être particulièrement marquées entre les retraités vivants dans l’Union européenne et ceux établis en dehors. Par exemple, un pensionné en Espagne ou en France peut être soumis à un régime fiscal plus proche de celui appliqué en Belgique, tandis que d’autres pays, comme le Maroc ou la Thaïlande, offrent une fiscalité bien plus avantageuse. Ces écarts de fiscalité peuvent représenter plusieurs centaines d’euros de différence par mois, ce qui influence directement le choix de destination des retraités.
Face à cette situation, certains experts envisagent une harmonisation fiscale pour éviter ces écarts. Mais une telle réforme soulèverait des enjeux diplomatiques et administratifs complexes, chaque pays défendant ses propres règles fiscales. D’autres spécialistes estiment que la Belgique devrait revoir son propre système de taxation des pensions pour éviter un exode fiscal des retraités.
L’État belge voit ainsi une part croissante de ses pensions financées sans pouvoir toujours les imposer équitablement. Avec l’augmentation du nombre de retraités expatriés, la question d’une réforme fiscale pourrait devenir incontournable.








