Le marché du tabac en Belgique traverse une période particulièrement difficile. Depuis plusieurs années, il subit les effets d’une politique antitabac de plus en plus stricte, visant à réduire la consommation de cigarettes pour des raisons de santé publique et à alléger la pression sur la sécurité sociale.
L’augmentation des accises et l’endurcissement des règles de vente en 2025 ne font qu’accentuer cette tendance, menaçant sérieusement l’équilibre du secteur. À cela s’ajoutent les difficultés liées à la concurrence des produits du tabac vendus de manière illégale, qui représentent une part importante du marché. Le danger de déplacement des ventes vers l’étranger ou dans des circuits parallèles devient de plus en plus réel.
Augmentation des accises : un fardeau supplémentaire pour les consommateurs et les commerçants
L’augmentation des accises est l’une des principales raisons de la chute du marché du tabac en Belgique. Selon les derniers chiffres de NielsenIQ (MAT P04 2025), le marché a perdu 24,7 % en volume, en grande partie à cause d’une hausse des prix de 28,5 %. En conséquence, la consommation de cigarettes, de tabac à rouler, de cigares et de cigarillos a reculé dans tous les segments, avec une baisse particulièrement marquée pour les cigarettes et le tabac à rouler. Le premier semestre de 2025 a vu le marché des cigarettes se contracter de 23 %, tandis que celui du tabac a reculé de 34 %, malgré les baisses observées les années précédentes.
L’impact des accises sur les prix de gros se répercute directement sur les détaillants, qui doivent trouver des stratégies pour maintenir leurs marges bénéficiaires tout en respectant les nouvelles régulations fiscales. Certains commerçants se tournent alors vers la vente de produits moins chers ou proposent des alternatives comme le tabac en vrac. Cependant, cela expose les détaillants à des risques légaux et à une surveillance accrue des autorités, qui cherchent à limiter la circulation de produits illégaux. De plus, les hausses successives des accises ont également conduit à une augmentation des ventes sur des marchés parallèles, notamment via les circuits illégaux. Ceux-ci représentent désormais une part non négligeable des ventes, ce qui complique davantage la tâche des acteurs légaux.
Les fumeurs, eux, cherchent des solutions pour contrer la hausse des prix. Certains se tournent vers l’achat de cigarettes à l’étranger, notamment dans les pays voisins où les prix sont moins élevés. Cette tendance fait peser une menace sur les recettes fiscales de l’État belge, qui risque de voir une part de ses recettes fiscales détournée vers des marchés étrangers. Les autorités s’efforcent de lutter contre ce phénomène en multipliant les contrôles, mais la contrebande et les achats transfrontaliers restent des pratiques répandues.
Durcissement des règles : des restrictions renforcées pour une consommation toujours plus contrôlée
En parallèle à l’augmentation des accises, les autorités belges ont imposé de nouvelles restrictions sur la vente et la promotion des produits du tabac. L’interdiction d’exposition en magasin, l’obligation de vendre des paquets neutres sans logo et avec des avertissements sanitaires plus marqués, ainsi que la stricte réglementation sur la publicité, sont autant de mesures destinées à réduire l’attractivité des produits du tabac. Ces mesures ont pour but de rendre plus difficile l’accès au tabac, notamment pour les jeunes adultes, et d’orienter la consommation vers des alternatives moins nocives, comme les produits de vapotage.
Toutefois, ce durcissement des règles engendre des conséquences inattendues. D’une part, les détaillants doivent se conformer à des obligations complexes, qui augmentent leurs coûts et compliquent leur gestion quotidienne. D’autre part, la concurrence du marché illégal continue de croître, avec des produits du tabac souvent moins chers et moins contrôlés, vendus sans respect des normes sanitaires. Selon Pierre-Yves Dequinze, directeur de la division tabac chez Trendy Foods, le marché parallèle représente près de 50 % des ventes de produits de vapotage, indique Gondola. Ce phénomène montre que même dans un cadre légal très strict, la tentation de se tourner vers des circuits illégaux reste forte, en particulier pour des produits comme les cigarettes et les vapes.
Les acteurs du marché du tabac doivent désormais composer avec cette nouvelle réalité, un marché légale de plus en plus contraint, et un secteur parallèle qui prospère dans l’ombre. Alors que la politique antitabac continue de se durcir, certains experts s’interrogent sur la viabilité du modèle économique actuel. Le secteur doit-il s’adapter en proposant de nouveaux produits moins nocifs, ou est-il condamné à se battre contre un courant politique et social qui cherche à éradiquer le tabagisme ?








