En Belgique, près de 300 000 personnes en incapacité de travail prolongée bénéficieront d’une allocation jusqu’à leur pension, une mesure inédite dans le pays. Actuellement, ces travailleurs doivent régulièrement prouver leur inaptitude auprès des mutuelles pour continuer à percevoir des indemnités.
Le gouvernement souhaite ainsi alléger leur parcours administratif et sécuriser leur revenu jusqu’à l’âge légal de la retraite fixé à 65 ans, bientôt porté à 67 ans en 2030. Cette réforme s’inscrit dans une volonté plus large de repenser la prise en charge des travailleurs en invalidité et d’optimiser la gestion des allocations sociales.
Une allocation pour garantir un revenu aux travailleurs inaptes
La nouvelle mesure concerne les personnes en incapacité de travail depuis au moins cinq ans, dont l’état de santé a été jugé irréversible par le médecin-conseil de leur mutuelle. En Belgique, les travailleurs en invalidité perçoivent aujourd’hui une indemnité qui peut varier entre 1 500 et 2 500 euros bruts par mois, selon leur ancien salaire et leur situation familiale. Jusqu’à présent, ils devaient se soumettre régulièrement à des contrôles médicaux et répondre à des obligations de réinsertion, même lorsque leur état de santé ne leur permettait plus d’envisager un retour au travail.
Avec cette réforme, les travailleurs définitivement inaptes ne seront plus contraints de passer ces évaluations répétées. Ils toucheront automatiquement une allocation jusqu’à l’âge légal de la retraite, leur assurant ainsi une stabilité financière. Ce dispositif vise aussi à réduire la charge administrative pesant sur les mutuelles, qui doivent aujourd’hui gérer des centaines de milliers de dossiers et organiser des examens médicaux réguliers.
Selon Le Soir, la Belgique comptait déjà plus de 485 000 personnes en incapacité de travail de longue durée en 2024, un chiffre en augmentation de 76 % en dix ans. Parmi elles, environ 60 % souffrent de maladies chroniques ou de troubles mentaux les empêchant de reprendre une activité professionnelle. La mesure concernera donc une part importante de cette population, avec un impact direct sur les finances publiques.
Une réforme aux implications budgétaires et sociales importantes
L’octroi d’une allocation jusqu’à la retraite pose la question de son coût pour l’État. Actuellement, les dépenses liées aux indemnités d’invalidité s’élèvent à plus de 10 milliards d’euros par an. Avec près de 300 000 bénéficiaires potentiels, la réforme pourrait représenter une hausse significative de cette enveloppe, bien que le gouvernement espère des économies sur les frais administratifs et médicaux associés aux contrôles.
Les autorités assurent que cette mesure ne vise pas à exclure du marché du travail les malades de longue durée qui pourraient encore, avec un accompagnement adapté, envisager un retour partiel à l’emploi. Pour éviter tout effet pervers, des critères stricts seront appliqués pour définir l’inaptitude définitive et seuls les cas les plus sévères seront concernés.
Les syndicats saluent une avancée sociale majeure, permettant aux travailleurs en invalidité de ne plus vivre dans l’incertitude liée aux réévaluations médicales. De leur côté, certaines organisations patronales s’inquiètent du risque d’exclusion totale de ces travailleurs du marché de l’emploi et demandent des mesures complémentaires pour favoriser la réinsertion de ceux qui en ont encore la capacité.







