Le vieillissement de la population luxembourgeoise entraîne une forte augmentation des besoins en soins. Le développement rapide des services d’aides et de soins vise à garantir l’autonomie des personnes âgées, mais le manque de personnel met en péril leur efficacité. Parallèlement, les nouvelles exigences légales en matière de formation et de langues renforcent les difficultés de recrutement.
Les employeurs sont confrontés à une pénurie chronique de soignants. Les structures de soins peinent à attirer des candidats qualifiés, notamment des infirmiers diplômés. Le faible nombre de diplômés formés localement, combiné à la difficulté de reconnaissance des diplômes étrangers, aggrave la situation. Malgré les incitations financières et les formations internes, le manque d’attractivité du secteur auprès des jeunes accentue la crise.
Des besoins croissants et un recrutement au point mort
Selon le média RTL Infos, le secteur des soins connaît une expansion rapide, portée par l’essor de la « silver économie » et l’augmentation du nombre de personnes âgées nécessitant un accompagnement. L’Association luxembourgeoise Alzheimer (ALA) illustre cette dynamique : en cinq ans, ses effectifs sont passés de 280 à 410 employés, mais l’organisation cherche toujours une quarantaine de collaborateurs, en temps partiel ou en temps plein.
La situation est similaire au sein de la Stëftung Hëllef Doheem, le plus grand réseau d’aide et de soins au Luxembourg. Avec près de 2 000 employés, l’organisme cherche actuellement 60 nouveaux collaborateurs, dont 90 % sont des postes d’infirmiers et d’aides-soignants. Le groupe Zitha, qui emploie 800 personnes, rencontre les mêmes difficultés pour recruter dans ses maisons de soins et services à domicile.
Le problème principal reste la pénurie de candidats qualifiés. Les employeurs signalent que les diplômes requis et les exigences linguistiques freinent considérablement le recrutement. La nouvelle loi qualité des services pour personnes âgées, en vigueur depuis 2024, impose aux soignants un niveau B1 en luxembourgeois dans un délai de deux ans, un obstacle majeur pour les travailleurs frontaliers.
Un déficit de formation et des solutions insuffisantes
L’un des principaux freins au recrutement est le manque de formation locale. L’École nationale de santé ne délivre pas assez de diplômes pour répondre aux besoins du marché. Pour l’année scolaire 2023-2024, seuls 68 étudiants ont obtenu leur BTS infirmier, alors que le secteur aura besoin de 900 nouveaux infirmiers dans les cinq prochaines années.
Face à ce constat, les employeurs tentent d’attirer les candidats avec diverses stratégies. L’ALA propose une formation en cours d’emploi pour les aides-soignants et met en avant son service formation ouvert sur l’extérieur pour encourager les échanges professionnels. Certaines structures offrent également une aide financière aux nouveaux diplômés pour les inciter à rejoindre le secteur.
Les difficultés sont encore amplifiées par la lente reconnaissance des diplômes étrangers, notamment ceux hors Union européenne, rendant le recrutement international particulièrement complexe. Malgré la mise en place d’une table ronde entre les acteurs du secteur pour trouver des solutions, les mesures engagées restent limitées face à l’ampleur du problème.
Un mur démographique qui approche
Outre le manque de nouvelles recrues, le secteur des soins doit faire face à un vieillissement massif de son propre personnel. D’après une étude menée en 2019, 2 621 infirmiers et 1 440 aides-soignants partiront à la retraite d’ici 2034. Aujourd’hui, cette échéance approche à grands pas et représente une menace supplémentaire pour la capacité du pays à assurer des soins de qualité.
Le ministère de la Santé a mis en place des initiatives comme la campagne healthcareers.lu, visant à promouvoir les métiers de la santé auprès des jeunes. Pourtant, les résultats tardent à se faire sentir. Les conditions de travail difficiles – horaires étendus, stress psychologique et charge physique importante – continuent de décourager de nombreux candidats.
Pour Marc Muller, conseiller employeurs à l’Agence pour le développement de l’emploi (Adem), la situation va se détériorer si des solutions pérennes ne sont pas trouvées rapidement. Le secteur de la santé lutte depuis plus de vingt ans pour recruter, et l’arrivée massive des départs en retraite ne fera qu’accentuer la pénurie.
Sans une augmentation significative du nombre de diplômés, une réforme des conditions de travail et un assouplissement des critères de recrutement, le Luxembourg risque une crise de grande ampleur dans son système de soins.