Jambon taille dans les pensions : 1,6 million de retraités sacrifiés au nom du saut d’index

La suspension de la revalorisation des pensions et des prestations d’invalidité suscite un rejet syndical unanime et marque un tournant dans la politique sociale belge.

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Jambon taille dans les pensions : 1,6 million de retraités sacrifiés au nom du saut d’index ; Crédit : 7sur7 | Econostrum.info - Belgique

Le gouvernement flamand, dirigé par Jan Jambon, a décidé de suspendre la revalorisation des pensions les plus anciennes, une mesure perçue comme un saut d’index déguisé par les syndicats. Ce changement affecterait directement 1,6 million de pensionnés, soit ceux percevant leur pension depuis 5 ou 15 ans. 

La CSC, la FGTB et la CGSLB rejettent fermement cette initiative qu’elles considèrent comme une attaque frontale contre les retraités. Cette décision s’inscrit dans une série d’économies budgétaires visant à réduire les dépenses sociales d’ici 2030.

Une suppression ciblée de la revalorisation prévue par l’arrêté royal de 2007

La mesure contestée concerne l’adaptation au bien-être des pensions anciennes, un mécanisme instauré par un arrêté royal de 2007. Ce texte prévoit que les pensions soient augmentées de 2 % après 5 ans et 15 ans de versement, en complément du mécanisme classique d’indexation. En 2009, la création de l’enveloppe bien-être avait en grande partie pris le relais, assurant une mise à jour des pensions les plus modestes en fonction de l’évolution générale du niveau de vie.

La décision actuelle du gouvernement flamand consiste à supprimer cette enveloppe bien-être, rendant caduque l’actualisation prévue pour les pensions anciennes. En chiffres, cela concerne environ 1 million de pensionnés ayant atteint les 5 ans de versement et plus de 600 000 autres dépassant les 15 ans, qui se verront privés de l’augmentation initialement programmée, indique Sudinfo. Pour les syndicats, cela revient à un gel des pensions, assimilé à un saut d’index, puisque l’augmentation de 2 % est annulée.

Cette suspension aura un impact financier durable pour les retraités concernés, qui verront leur pouvoir d’achat réduit pour les années à venir. La mesure devrait permettre au gouvernement de réaliser une économie de 380 millions d’euros d’ici 2030, répartis entre 338 millions pour le régime des salariés et 45 millions pour les indépendants. Ce gain budgétaire est vu par les syndicats comme une économie « sur le dos des plus fragiles ».

Le point a été soumis au comité de gestion du Service fédéral des Pensions en début de semaine. Les syndicats appellent à la réactivation immédiate de l’arrêté royal de 2007 et au rétablissement de l’enveloppe bien-être, soulignant que cette suppression rompt un équilibre social construit depuis près de deux décennies.

Des coupes budgétaires qui s’étendent au-delà des pensions

La suspension de la revalorisation des pensions s’inscrit dans une politique plus large de réduction des dépenses sociales engagée par le gouvernement. Outre l’enveloppe bien-être, d’autres mesures impactent les pensions : indexation différée de deux mois, indexation partielle pour les pensions au-delà de 3 180 euros nets, suppression de la péréquation et réduction progressive des avantages fiscaux pour les retraités.

Les syndicats alertent également sur des décisions similaires qui touchent les personnes en invalidité de longue durée. Le gouvernement prévoit en effet de suspendre la revalorisation de 2 % pour les prestations d’invalidité perçues après 5 ou 15 ans d’incapacité. En 2025, cela affectera 38 905 personnes, et le chiffre devrait rester stable chaque année. Au total, 237 575 malades de longue durée verront leur prestation figée malgré l’ancienneté de leur situation.

Cette décision marque une rupture nette avec la logique d’amélioration du bien-être social qui prévalait jusqu’à présent. Elle entraîne une diminution graduelle mais certaine du revenu disponible pour des dizaines de milliers de bénéficiaires d’aides sociales, tant dans le système des pensions que dans celui de l’assurance maladie-invalidité.

Face à cette politique, les syndicats annoncent des actions de protestation, avec la possibilité de mobilisations nationales et le recours juridique en cas de non-rétablissement de l’enveloppe bien-être. Ils considèrent que ces mesures créent un précédent dangereux et pourraient ouvrir la voie à d’autres gels futurs des mécanismes de solidarité sociale.

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