Le statut d’indépendant renvoie souvent à l’autonomie, à la liberté de s’organiser ou à la réussite économique. Pourtant, derrière cette image valorisante, se cache une réalité plus fragile. Un nouveau rapport met en évidence une précarité souvent méconnue dans cette catégorie professionnelle.
Le SPF Sécurité sociale consacre pour la première fois une étude complète au risque de pauvreté chez les indépendants. Selon les données les plus récentes d’Eurostat, analysées pour l’année 2024, le risque de pauvreté monétaire est jusqu’à quatre fois plus élevé chez les travailleurs indépendants que chez les salariés.
Cette exposition accrue surprend les auteurs, qui relèvent pourtant que de nombreux indépendants vivent dans des ménages à deux revenus. Le phénomène s’explique en partie par la variabilité des revenus, notamment en début d’activité, mais aussi par la complexité des statuts et parcours.

Une dépendance accrue des indépendants aux aides sociales
L’étude révèle que près de 14 % des indépendants bénéficient d’aides au revenu. Cette proportion dépasse les 20 % chez ceux qui déclarent les revenus les plus faibles. Les allocations familiales constituent l’un des mécanismes de soutien les plus efficaces, réduisant le risque de pauvreté de 27 % pour les indépendants avec enfants.
Les indemnités de maladie et les pensions offrent un appui supplémentaire, mais leur efficacité varie selon la composition des ménages. Le rapport confirme que le filet de sécurité fonctionne, sans pour autant corriger les déséquilibres structurels.
Moins de privation matérielle, mais des marges réduites
Si la pauvreté monétaire est plus fréquente, la privation matérielle sévère l’est moins. Seuls 1,4 % des indépendants déclarent être dans l’impossibilité d’accéder aux biens essentiels, contre près de 3 % des salariés. Le logement, la mobilité ou encore la capacité à faire face à des imprévus restent néanmoins des postes sensibles.
La possibilité de prendre une semaine de vacances par an reste hors de portée pour 10 % des indépendants, contre 13 % chez les salariés, illustrant des différences dans les arbitrages budgétaires.
Des constats partagés mais nuancés
Les caisses d’assurances sociales expriment des avis divergents. L’UCM reconnaît une vulnérabilité, surtout pour les indépendants en phase de lancement d’activité. Le revenu du conjoint, lorsqu’il existe, peut masquer temporairement cette précarité.
De son côté, Acerta tempère les résultats du rapport et insiste sur l’importance des enjeux psychosociaux : stress élevé, charge mentale, solitude professionnelle, autant d’aspects peu quantifiés mais déterminants pour la qualité de vie des indépendants.
Un enjeu croissant pour les politiques sociales
Le rapport souligne la nécessité de mieux documenter les parcours d’indépendants afin d’ajuster les dispositifs de protection sociale. Il appelle à une prise en compte spécifique de leur situation dans les politiques publiques, au-delà du seul prisme fiscal ou administratif.
Avec un nombre record d’indépendants en activité en Belgique, les résultats de cette étude invitent à repenser les mécanismes de prévention de la pauvreté dans un contexte de transformation du travail.








